mardi 7 avril 2020

De la distance...

Les gestes qui sauvent...

lundi 6 avril 2020

Starter

"Ainsi parle le Seigneur :
« Voici mon serviteur que je soutiens,
mon élu qui a toute ma faveur.
J’ai fait reposer sur lui mon esprit ;
aux nations, il proclamera le droit.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton,
il ne fera pas entendre sa voix au-dehors.
Il ne brisera pas le roseau qui fléchit,
il n’éteindra pas la mèche qui faiblit,
il proclamera le droit en vérité.
Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas"
Is 42, 1 - 3

Ces paroles tirées de la première lecture de la messe du lundi saint viennent nous rejoindre dans notre isolement. Elle nous redisent une conviction et une espérance : ce qui est fragile est objet de soins de la part de Dieu. Rien de ce qui manque de souffle et de courage ne se trouvera accablé. Il y a au contraire une promesse de soutien, d'accompagnement. "Le droit en vérité" c'est cette capacité de faire grâce, d'accorder miséricorde, de faire cadeau d'un passage qui s'ouvre devant soi. (Ps 30, 9) 
Ouvrir un passage. Voilà une action qui mérite qu'on la prenne en compte, non comme quelque chose qui nous est d'abord dû, mais comme une capacité à mettre en oeuvre au bénéfice des autres.  
Ouvrir un passage. C'est ce qui nous est aussi donné en ce tout début de la Semaine Sainte. Pour que nous avancions paisiblement et en confiance vers le jour où retentira le chant de joie, l'Alléluia pascal, chant de Résurrection. 
Ouvrir un passage. Puisse chacun de nous vivre ces jours saints étroitement en lien avec tous ceux qui habitent nos coeurs afin qu'ensemble et non séparés nous soyons éveillés à la Vie qui nous est donnée en Christ Ressuscité ! 


lundi 30 mars 2020

"Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort"

On parle souvent en ce moment de fragilité, de faiblesse, de précarité de la vie humaine. Et on a sans doute raison : le virus du moment met en danger la vie de beaucoup.
Vendredi dernier, le pape a prononcé une bénédiction Urbi et Orbi (sur la Ville de Rome et sur le monde) et l'a donnée avec le Saint Sacrement. Je ne sais comment, j'avais raté l'annonce et n'était pas au rendez vous devant ma télévision au moment précis. Et ce n'est que plus tard, presque par hasard que j'ai découvert cette belle célébration et l'ai regardée in extenso. 
Mais auparavant je suis tombé sur un extrait de cette célébration en parcourant une page d'un réseau social internet. Je n'ai pas réalisé qu'il s'agissait du Pape, l'image était un peu lointaine, la pluie tombant sur Rome avait transformé le parvis de la basilique St Pierre en miroir, le vent soufflait doucement soulevant les ornements blancs du Pape François. C'était presque irréel. Bien sûr je me suis rendu compte de ce qui était filmé : le pape bénissant avec l'ostensoir contenant le Saint Sacrement. Beaucoup ont souligné la faiblesse apparente du Pape, sa fatigue lisible sur son visage. Pour ma part, j'ai eu le sentiment contraire : une grande force émanait de lui, une qualité de présence. Les paroles prononcées étaient sobres, essentielles, ajustées.
Et si nous en tirions une leçon : il y a ce que l'on voit - ou croit voir - et il y a ce qui est. Le Christ n'a pas eu une vie manifestant la toute puissance sur terre, il n'a pas oeuvré pour sa propre gloire. Il a été le Témoin Fidèle de l'Amour du Père. Et finalement Pâques c'est cela.
Pâques dont la date approche avec la Semaine Sainte qui précède. 
Pâques que nous fêtons aussi chaque jour lorsque nous sommes témoins de cet amour, même - et surtout peut-être - lorsque nous boitons et sommes conscients de notre fragilité. 

dimanche 29 mars 2020

samedi 28 mars 2020

Lumière

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie à se partager.
Paul Éluard

Confinement

"Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir… Quand je m'y suis mis, quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s'exposent (…), j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." (Blaise PASCAL, Pensées, 201, 205, éd. de la Pléiade, 1936)
Il y a tout au fond de nous des espaces infinis que nous avons peur de côtoyer et que nous fuyons d'ordinaire. Une occasion nous est offerte en ces jours de les approcher, de les habiter, et de découvrir, au fond du puits sans fond que nous sommes, cette "eau vive qui jaillit en vie éternelle" (Jn 4) et que Jésus indiquait à la Samaritaine. C'est par nos profondeurs essentielles, par nos abîmes partagés, ouverts les uns aux autres comme des vases communicants, que se nouent nos véritables relations sociales. Nos distances nous rapprochent autant que nos caresses, nos majestés respectives autant, et plus sans doute, que nos facilités ordinaires.
Etonnant, ce silence qui s'entend aujourd'hui partout alentour. Qui eût cru que cela fût possible? Nous sommes entrés, malgré nous, dans la gestation d'une civilisation différente, car c'est une civilisation différente qui doit absolument commencer à naître de cette épreuve. Il y a trop de choses dont ne voulons plus, dont nous n'en pouvons plus.
Confinons-nous dans l'infini qui fait notre dignité d'homme et notre seule valeur d'échange entre humains.
IN SILENTIO ET IN SPE ERIT FORTITVDO VESTRA
"Votre sagesse sera de rester tranquilles et de garder l'espérance" (Isaïe, XXX, 15)
Union de prière pour le monde de la santé qui se dépense jusqu'à la corde, pour les scientifiques qui cherchent et vont trouver un remède, pour les différents corps mobilisés afin de faire respecter le confinement avec rigueur. 
Le confinement est une exigence civique sans dispense: c'est aussi un exercice spirituel. En nous isolant, il nous fait retrouver des liens; en mortifiant notre frénésie de vivre, il nous révèle le vital de la vie; en nous mettant en arrêt, il fait de nous les artistes des tâches les plus humbles.

Fr. François Cassingena Trevedy
Moine de Ligugé

vendredi 27 mars 2020

Lectures de confinement...





Attente...


"Le bonheur en partant m'a dit qu'il reviendrait".

Jacques Prévert

jeudi 26 mars 2020

Attendre...

" J'avais appris que la patience est une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l'homme à ce qui était donné.


Quel attribut permettait-il de peindre un tableau, de composer une sonate ou un poème? La patience. Elle procurait toujours sa récompense, pourvoyant dans la même fluctuation le risque de trouver le temps long, en même temps que la méthode pour ne pas s'ennuyer.
Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c'était que nous n'avions pas su regarder."
Sylvain Tesson
La panthère des neiges

dimanche 22 mars 2020

Prendre soin...


Trois pistes pour la prière en carême

La liturgie de ces jours nous offre maintes occasions de relire notre vie et d’y discerner la trace de la présence du Seigneur.
Ainsi, durant la première semaine de ce temps du carême, nous avons pu entendre la prière du Notre Père donnée par le Christ à ses disciples (mardi). Le jeudi, c’est quelques pistes qui nous sont données à la fois pour approfondir et enraciner notre prière, mais aussi pour lui donner plus de force.
La reine Esther est en proie à l’angoisse (Es 14, 1. 3-5. 12-14). La mort s’approche d’elle, et la fin semble inévitable. Elle se tourne vers le Seigneur et dans une prière à la force impressionnante, elle crie : « Délivre-nous par ta main, viens me secourir car je suis seule, et je n’ai que toi Seigneur, toi qui connais tout ». C’est court, direct, précis. 
Nous sommes invités à laisser résonner cette courte prière dans nos cœurs et la mettre en lien avec notre expérience. C’est si souvent que nous sommes confrontés à l’adversité, à l’inquiétude, à l’angoisse même. Ces sentiments nous laissent désemparés. C’est si souvent aussi que nous faisons l’expérience que la peine trop grande ou la joie trop forte nous isolent tant ces expériences sont singulières et sont difficilement accessibles pour ceux qui nous sont proches. « Viens me secourir car je suis seule ». En quelques mots, Esther dit tout.

Et c’est la première piste que je livre.

1 - Il n’y a pas de développement dans la prière de la reine Esther. Elle va droit au but et ne s’encombre pas de formules, elle exprime ce qui habite son cœur, directement, sans feintise comme disait Ste Thérèse d’Avila. Il y a là une invitation qui nous est faite pour laisser remonter dans notre prière ce qui est éprouvé avec concision et sans s’encombrer de phrases superflues. Souvent notre prière est bien verbeuse, nous parlons « jusqu’à ce que nous ayons quelque chose à dire ». Et cela peut être long ! Esther nous invite à la franchise, au parler vrai, à nous présenter tel que nous sommes devant le Seigneur qui connait le secret de nos cœurs.
L’évangile de ce même jeudi (Mt 7, 7-12) rapportait un enseignement du Christ à ses disciples : « Demandez et vous obtiendrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte ».

Deuxième piste.

2 - Souvent là aussi, nous avons des idées un peu préconçue sur la prière : elle doit être exaucée tout de suite et sous la forme demandée. Et si cela n’arrive pas, nous nous désolons – pour le dire d’une manière douce – et nous affirmons : ma prière n’est pas exaucée, Dieu m’abandonne et me laisse seul. En voilà une conclusion hâtive ! N’y aurait-il rien qui viendrait contredire ces paroles définitives ? Dieu exauce toujours les prières sincères qui lui sont adressées mais pas forcément de la manière qui était attendue. Nous avons donc à faire un effort de relecture : quels sont les fruits de ma prière ? Car il y en a ! N’en doutons pas ! « Lequel d’entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ? » Nous savons, dans la foi que Dieu donne largement, plus que nous n’oserions demander, qu’il ne laisse jamais un cri sans réponse. Alors scrutons notre expérience de priant pour y découvrir l’amour et la miséricorde de Dieu en actes au cœur de notre vie.

Troisième piste.

3 – « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites le aussi pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Ecriture : la Loi et les Prophètes ». Trop souvent nous isolons notre prière, nous la réduisons à un colloque privé entre Dieu et nous. Les autres sont absents, ou alors leur présence est allusive. Le Christ exprime d’une manière forte à ses disciples qu’il doit en être autrement. La solidarité entre croyants n’est pas qu’un mot pour faire joli dans nos prières universelles : elle doit se concrétiser par des actes, et le premier d’entre eux, c’est la prière. Nous sommes donc invités à prier avec les autres, pour les autres et par les autres. Le mouvement de la prière est un mouvement de communion. La prière des autres nous porte, elle nous aide à grandir et à avancer. Dans l’autre sens, notre prière a une résonance que nous ne maitrisons pas. Elle porte un fruit que nous ne pouvons spontanément soupçonner. 

Donc, pour résumer : parler direct, relire les fruits de sa prière et les nommer, prier en communion. Trois pistes que nous livre l’Ecriture que nous avons à rendre vivante dans notre expérience croyante, vivante et parlante pour ceux qui nous entourent.

Bon carême !

jeudi 19 mars 2020

Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi

Je sais bien moi la source qui jaillit et coule,
bien que de nuit.
Cette éternelle source-là est cachée, 
je sais bien moi où elle a sa demeure,
bien que de nuit. 

Son origine je ne le sais, car elle n’en a pas,
mais je sais que tout tient son origine d’elle
Bien que de nuit

Je sais qu’il ne peut
y avoir de chose si belle 
et que les cieux et la terre boivent
d’elle,
bien que de nuit 

Je sais bien que de limite en elle on ne trouve 
et que personne ne peut la passer à gué,
bien que de nuit 

Sa clarté n’est jamais obscurcie
et je sais que toute lumière est venue d’elle
bien que de nuit
  
Je sais que ses courants sont si abondants,
qu’ils arrosent les enfers, les cieux, et les peuples,
bien que de nuit 

Le courant qui naît de cette source
je sais bien qu’il est
aussi capable et omnipotent,
bien que de nuit 

Le courant qui procède de ces deux,
je sais qu’aucun d’eux ne le précède,
bien que de nuit 

Cette éternelle source-ci est cachée dans ce pain vivant 
pour nous donner vie,
bien que de nuit 

Ici elle appelle les créatures, 
et elles s’abreuvent de cette eau,
quoiqu’à l’obscur,
car c’est de nuit.

Cette vive source-ci que je désire, je la vois dans ce pain de vie,
bien que de nuit 
St Jean de la Croix

mercredi 18 mars 2020

lundi 16 mars 2020

La foi que j'aime le mieux...

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ».
Charles Péguy

mardi 3 mars 2020

dimanche 1 mars 2020

1er dimanche de carême


Dans ce passage de l’évangile de Matthieu, le Christ apparaît seul, confronté à un désir de puissance absolue, à la faim. 
Sa référence ? La Parole de Dieu, la Parole du Père qui structure et fait vivre : “Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu.” Mt 4, 4.
Sa ligne de conduite ? Le respect dû à Dieu : “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu”. Mt 4, 7.
Sa motivation ? L’amour du Père : “Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à lui seul que tu rendras un  culte”. Mt 4, 10.
Il ne s’agit donc nullement de la plainte de celui pour qui tout ne va pas bien et qui souhaiterait que Dieu intervienne à temps et à contre temps : Parle Seigneur, fais un miracle !

            Au désert, Dieu se trouve là où nous ne l’attendons pas, où nous ne l’attendions plus peut être : dans notre faiblesse, nos limites, notre désert. Reconnaître à nos côtés cette présence, c’est prendre conscience que notre vie est habitée, que nous n’y sommes pas seul puisqu’y résonne la Parole du Père, source de vie. 

mercredi 26 février 2020

Jamais seul


Coloriage


Jour 1

« Venir recevoir les cendres, c’est prendre notre place dans la file des pécheurs et nous engager avec eux dans le chemin de la conversion. Nous n’avons pas trop de ces quarante jours pour nous laisser conduire à la racine du péché. 
Nous ne sommes pas pécheurs simplement parce que nous avons accumulé des fautes ; nous sommes pécheurs parce que notre cœur s’est détourné de Dieu. Ce mouvement radical est la cause et l’explication des différentes fautes que nous pouvons commettre. Leur liste se renouvellera toujours, si nous n’acceptons pas d’attaquer le péché à sa racine, si nous n’acceptons pas la conversion radicale à la foi en Dieu.
S’il nous est possible de nous reconnaître pécheurs et d’entrer dans un chemin de conversion, c’est parce que la miséricorde divine nous permet de voir le mal en nous comme nous le voyons hors de nous. Ce que nous apercevons de la miséricorde de Dieu est cela même qui nous permet de reconnaître l’action du mauvais en ce monde parce que nous la voyons dans la lumière de la victoire du Christ. C’est parce que nous croyons que Dieu est un Dieu de tendresse et de miséricorde, parce que nous savons que le Christ a donné sa vie pour nous délivrer du péché, que nous pouvons oser regarder en face le péché de notre cœur. 
On dit souvent que notre société a perdu le sens du péché. Peut-être faudrait-il expliquer un peu plus que la perte du sens du péché n’est que la conséquence de la perte du sens de la miséricorde. Si notre société est incapable d’identifier et de nommer le péché, c’est qu’elle a oublié être sous la main miséricordieuse d’un Père dont le souci permanent est d’accorder son pardon et de réconcilier les hommes avec lui. 
Il ne sert à rien d’exhorter les gens à se reconnaître pécheurs si d’abord on ne leur annonce pas la bonne nouvelle du salut et si on ne leur donne pas la possibilité de faire face à la mort parce qu’ils sont déjà dans le Ressuscité. »
+ André cardinal Vingt-Trois
Cathédrale Notre-Dame de Paris
Mercredi 1er mars 2006

Rester jeûne !


mardi 25 février 2020

Menu menu...

En panne pour le menu de dimanche prochain ? Voici celui du dîner donné par la Reine Victoria lors de la visite du Tsarevitch Nicolas pour voir sa fiancée Princesse Alix de Hesse.
A vos casseroles ! 

lundi 24 février 2020

Actualité

Les révélations de ce jour au sujet de Jean Vanier nous attristent, nous atterrent, nous donnent la nausée. Il semble que pas une de ces fenêtres par lesquelles nous croyions voir le ciel ne vole aujourd'hui en éclats, que pas une des colonnes supposées de l'édifice ne s'effondre. Ces révélations, parmi tant d'autres, suscitent, on le voit bien, notre besoin d'échanger. Encore s'agit-il de partager, après notre effarement et notre colère, des paroles réalistes et constructives. Décidément, en ces temps particulièrement sombres, nous n'avons pas fini de faire notre "éducation sentimentale" ni de sortir de la naïveté.
Ce qui tombe en ruines, à grande allure aujourd'hui, c'est la crédibilité des figures "charismatiques", "paternelles" et "fondatrices", trop hâtivement poussées.
Ce que tout cela met à mal, au fond, c'est notre impatience, notre gourmandise d'hagiographies. N'oublions jamais le mot du Psalmiste: OMNIS HOMO MENDAX (tout homme est menteur, Ps 115), ni ce que nous chantons chaque dimanche, si nous allons à la messe: TV SOLVS SANCTVS (Car Toi seul es saint). Je pense aussi à la devise du roi Ferrante dans "La Reine morte" de Montherlant: "Bien meilleur et bien pire". L'on peut dire cela de tout homme et, naturellement, si nous sommes honnêtes, nous pouvons, nous devons dire cela de nous-même. Ne nous illusionnons pas sur l'animalité, parfois brutale, dont tout homme est capable ; ne mentons pas aux autres en masquant la fragilité des modèles ; ne mentons pas sur l'animalité qui nous habite.
Attention aux "santi subiti" ("saints tout de suite")… Les canonisations de demain devront être prudentes. Certes, nous avons besoin de grands dévouements humanitaires. Mais cela ne suffira pas à nous édifier ni à nous convaincre. les saints obscurs de demain seront surtout des saints de l'honnêteté et de la cohérence. La grande vertu cardinale de demain, ce sera la cohérence de la vie, l'effort méritoire pour mener une vie cohérente. Et il y a là ample matière à héroïsme… Ce qu'il faudra canoniser surtout demain - rarement, et loin de toutes les médiatisations faciles - ce sera l'honnêteté, l'humble reconnaissance de ce que l'homme est réellement; ce sera, autant que possible, la cohérence de la vie. Et chacun de nous peut faire naturellement là-dessus son propre examen de conscience. Il n'est pas d'oiseau si ravissant qu'il ne comporte anatomiquement son cloaque, pas de lumière qui ne peine à s'arracher à ses propres ombres. 
Pour l'avenir, je souhaite avec beaucoup d'autres un christianisme, non du merveilleux, mais de la modestie, sans mensonge ni illusion sur ce qu'est l'homme.
Un christianisme modeste.
"Je ne laisserai subsister en ton sein qu'un peuple humble et modeste, et c'est dans le nom du Seigneur que le Reste cherchera refuge." (Sophonie, 3, 12)
Les étoiles tombent l'une après l'autre, presque chaque jour, d'un firmament naïvement, inconsidérément, malhonnêtement constitué. La rude découverte que fait aujourd'hui le monde catholique, c'est celle de l'hommerie de ses membres, de sa hiérarchie et, parfois, de ses idoles. Découverte au demeurant parallèle à celle que fait le monde de ses propres figures et de ses propres idoles. Découverte d'abord désenchantée et désenchanteresse, mais qui peut et doit nous conduire à un cran supérieur de maturité, sinon à la maturité tout court. Ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est une espèce de 18 juin spirituel. Dieu sait de qui l'appel viendra. Il vient d'abord de lui, bien sûr, mais, comme la réparation de la dégradation climatique, il attend notre engagement.
François Cassingena Trévedy
Moine de l'Abbaye de Ligugé

jeudi 20 février 2020

Joie !

Notre propre joie doit donc être le témoignage fondamental que nous rendons à la Bonne Nouvelle.
Les Russes ont une icône de Notre-Dame intitulée "Mère de Dieu, joie inattendue". La Vierge y est représentée avec un regard pénétrant vers tous ceux qui lui adressent leurs prières. Tel devrait être notre bonheur, inexplicable et énigmatique. Il ne s'agit pas de la joie forcée de certains groupes "évangéliques", qui insistent sur l'obligation d'être heureux en raison de l'amour de Jésus. C'est ce que le célèbre poète irlandais Seamus Heany appelle le "sourire figé de la place déjà réservée au Paradis". Moi aussi, je trouve cette joie profondément déprimante. La première prédication de l’évangile se retrouve chez Jésus dans son sens de la fête où il boit et mange et prend plaisir à la compagnie d'autrui. On dit que lorsque St François d'Assise prêchait la Bonne Nouvelle aux poissons, ceux-ci s'en retournaient heureux. En tant que dominicain, je me demande quand même comment on peut distinguer un poisson triste d'un poisson heureux !
RP Timothy Radcliffe O. P.

dimanche 16 février 2020

En mémoire...


Le temps est loin de nos vingt ans
Des coups de poings, des coups de sang
Mais qu'à c'la n'tienne : c'est pas fini
On peut chanter quand le verre est bien rempli


Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Ça m'fait d'la peine, mais il faut que je m'en aille


Et souviens-toi de cet été
La première fois qu'on s'est saoulé
Tu m'as ramené à la maison
En chantant, on marchait à reculons


Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Ça m'fait d'la peine, mais il faut que je m'en aille


Je suis parti changer d'étoile
Sur un navire, j'ai mis la voile
Pour n'être plus qu'un étranger
Ne sachant plus très bien où il allait


Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Je m'ennuie pas, mais il faut que je m'en aille


J't'ai raconté mon mariage
A la mairie d'un p'tit village


Je rigolais dans mon plastron
Quand le maire essayait d'prononcer mon nom


Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Ça m'fait d'la peine, mais il faut que je m'en aille


J'n'ai pas écrit toutes ces années
Et toi aussi, t'es mariée
T'as trois enfants à faire manger
Mais j'en ai cinq, si ça peut te consoler


Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Ça m'fait d'la peine, mais il faut que je m'en aille

Graeme Allwright

dimanche 9 février 2020

mardi 14 janvier 2020

vendredi 3 janvier 2020

Mouvante immobilité...

Pour le plaisir de joindre cet incipit à cette photo récemment prise, voici à nouveau cet extrait d'un fabuleux roman : 


"Ma blessure a nom géographie. Elle est aussi mon ancrage, mon port d'attache. J'ai grandi lentement, à l'ombre des marées et marécages du comté de Colleton. J'avais les bras hâlés et robustes après les longues journées de travail sur le crevettier, dans la chaleur incandescente de Caroline du Sud. Parce que j'étais un Wingo, j'ai travaillé dès que j'ai su marcher ; à cinq ans, je savais pêcher le crabe mou. J'avais sept ans lorsque j'ai tué mon premier chevreuil, et à neuf ans, je mettais régulièrement de la viande dans les assiettes de la table familiale. J'étais né sur une île marine de Caroline, j'y ai été élevé, et je portais, imprimé sur mes épaules et sur mon dos, l'or sombre du soleil des basses terres. Enfant, je me plaisais à naviguer sur les bras de mer, menant un petit bateau entre les bancs de sable où, à marée basse, de paisibles colonies d'huîtres apparaissaient sur fond de vase brune. Je connaissais tous les pêcheurs par leur nom, et eux me connaissaient aussi, et ils me saluaient d'un coup de corne au passage, lorsqu'il m'apercevaient en train de pêcher dans le fleuve." 
Pat Conroy 
Le Prince des Marées