lundi 31 octobre 2022

Il songeait à la Vierge...

Il songeait à la Vierge, dont les vigilantes attentions l’avaient tant de fois préservé des risques imprévus, des faciles faux pas, des amples chutes. N’était-elle pas le Puits de la Bonté sans fond, la Collatrice des dons de la bonne Patience, la Tourière des coeurs secs et clos ; n’était-elle pas surtout l’active et la benoîte Mère ?

Toujours penchée sur le grabat des âmes, Elle lavait les plaies, pansait les blessures, réconfortait les défaillantes langueurs des conversions. Par delà les âges, Elle demeurait l’éternelle orante et l’éternelle suppliée ; miséricordieuse et reconnaissante, à la fois ; miséricordieuse pour ces infortunes qu’Elle allégeait et reconnaissante envers elles. Elle était en effet l’obligée de nos fautes, car sans le péché de l’homme, Jésus ne serait point né sous l’aspect peccamineux de notre ressemblance et Elle n’aurait pu dès lors être la génitrice immaculée d’un Dieu. Notre malheur avait donc été la cause initiale de ses joies et c’était, à coup sûr, le plus déconcertant des mystères que ce Bien suprême issu de l’intempérance même du Mal, que ce lien touchant et surérogatoire néanmoins qui nous nouait à Elle, car sa gratitude pouvait paraître superflue puisque son inépuisable miséricorde suffisait pour l’attacher à jamais à nous.

Dès lors, par une humilité prodigieuse, Elle s’était mise à la portée des foules ; à différentes époques, Elle avait surgi dans les lieux les plus divers, tantôt sortant ainsi que de sous terre, tantôt rasant les gouffres, descendant sur des pics désolés de monts, traînant après Elle des multitudes, opérant des cures ; puis, comme lasse de promener ces adorations, il semblait qu’Elle eût voulu les fixer à une seule place et Elle avait presque déserté ses anciens douaires, au profit de Lourdes. 

Joris Karl Huysmans in La Cathédrale

Sous la pluie...

Et fermant la marche, quelques ecclésiastiques en retard se hâtaient, saisissant d’une main leurs robes qui s’enflaient comme des ballons, comprimant de l’autre leurs chapeaux, s’interrompant pour rattraper le bréviaire qui glissait sous le bras, s’effaçant la figure, la rentrant dans la poitrine, s’élançant, la nuque la première, pour fendre la bise, les oreilles rouges, les yeux aveuglés par les larmes, s’accrochant désespérément, lorsqu’il pleuvait, à des parapluies qui houlaient au-dessus d’eux, menaçaient de les enlever, les secouaient dans tous les sens.
Joris Karl Huysmans in La Cathédrale 

 

vendredi 23 septembre 2022

Quête du bonheur...

 L’Humanité est ainsi faite qu’elle parle surtout de ce qu’elle n’a pas. Nous évoquons le bonheur à partir d’un manque fondamental. Le bonheur est ce que nous poursuivons sans cesse, ce que nous désirons au plus profond de nous-mêmes, sans jamais l’atteindre vraiment. Il existe sans doute une série de « petits bonheurs » qui nous sont donnés, partiels et fugaces. Mais le bonheur absolu est l’objet d’un désir irréalisable et même, par définition incapable d’être assouvi. En effet, dès qu’un désir se réalise et nous approche du bonheur, notre désir se reporte au-delà, vers un plus grand bonheur. Nous retrouvons dans ce mouvement tout ce que nous avons dit de la transcendance humaine. Cet être que nous sommes, fini de toute part, abrite un désir infini et absolu.

Dans un même registre, nous pouvons faire les mêmes réflexion à partir de la réussite. Qui ne veut réussir sa vie ? Qui ne redoute un échec plus ou moins total, dans le domaine de ses amours ou de sa profession, quand il ne se heurte pas à un handicap qui lui interdit de choisir selon ses désirs ? Qui au terme de son existence, se retournant vers son passé, n’est tenté d’être profondément déçu de lui-même, estimant qu’il n’a pas fait grand-chose, ou même rien du tout ? Bref, nous sommes tous dans le désir d’un accomplissement fondamental de nous-mêmes. Nous le poursuivons, mais il nous échappe toujours. L’échec final est toujours là, devant nous : la mort toujours présente et à laquelle nous savons bien que nous sommes destinés.
Le paradoxe du bonheur irréalisable, de la réussite toujours manquée de notre vie, par quelque aspect, nous pousse au divertissement c’est-à-dire un dérapage de notre désir fondamental de bonheur parti s’investir dans des biens incapables de nous satisfaire, voire capables de nous détruire. Nous risquons même de mettre l’essentiel de notre désir dans un bien frelaté, faux, ou tout simplement fini et nous conduisant irrémédiablement à la désillusion. Autrefois, on appelait cela une idole. Aujourd’hui il ne s’agit plus de représentations faussement divines de statuettes, mais de biens absolutisés dont nous espérons à tort qu’ils seront capables de combler notre désir et nous conduire à la réussite et le bonheur. Le divertissement essaie de nous faire échapper un certain désespoir devant notre condition.
Bernard Sesboüé, L’homme, merveille de Dieu

Le silence emplit ma maison

 "Le silence emplit ma maison. De la pièce d'angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant. Au long de quinze kilomètres, aucune construction n'apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers la vallée de l'Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D'un point élevé du jardin, j'embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l'insignifiance des choses.

Sans doute les lettres, la radio, les journaux font-ils entrer dans l'ermitage les nouvelles de notre monde. Au cours de brefs passages à Paris, je reçois des visiteurs dont les propos me révèlent quel est le cheminement des âmes. Aux vacances, nos enfants, nos petits-enfants nous entourent de leur jeunesse, à l'exception de notre fille Anne qui a quitté ce monde avant nous. Mais que d'heures s'écoulent, où, lisant, écrivant, rêvant, aucune illusion n'adoucit mon amère sérénité !
Pourtant, dans le petit parc – j'en ai fait quinze mille fois le tour ! –, les arbres que le froid dépouille manquent rarement de reverdir et les fleurs plantées par ma femme renaissent après s'être fanées. Les maisons du bourg sont vétustes ; mais il en sort, tout à coup, nombre de filles et de garçons rieurs. Quand je dirige ma promenade vers l'une des forêts voisines : Les Dhuits, Clairvaux, Le Heu, Blinfeix, La Chapelle, leur sombre profondeur me submerge de nostagie ; mais, soudain, le chant d'un oiseau, le soleil sur le feuillage ou les bourgeons d'un taillis me rappellent que la vie, depuis qu'elle parut sur la Terre, livre un combat qu'elle n'a jamais perdu. Alors, je me sens traversé par un réconfort secret. Puisque tout recommence toujours, ce que j'ai fait sera, tôt ou tard, une source d'ardeurs nouvelles après que j'aurai disparu.
A mesure que l'âge m'envahit, la nature me devient plus proche. Chaque année, en quatre saisons qui sont autant de leçons, sa sagesse vient me consoler. Elle chante, au printemps : "Quoi qu'il ait pu, jadis, arriver, je suis au commencement ! Tout est clair, malgré les giboulées ; jeune, y compris les arbres rabougris ; beau, même ces champs caillouteux. L'amour fait monter en moi des sèves et des certitudes si radieuses et si puissantes qu'elles ne finiront jamais !"
Elle proclame, en été : "Quelle gloire est ma fécondité ! A grand effort, sort de moi tout ce qui nourrit les êtres. Chaque vie dépend de ma chaleur. Ces grains, ces fruits, ces troupeaux, qu'inonde à présent le soleil, ils sont une réussite que rien ne saurait détruire. Désormais, l'avenir m'appartient !"
En automne, elle soupire : "Ma tâche est près de son terme. J'ai donné mes fleurs, mes moissons, mes fruits. Maintenant, je me recueille. Voyez comme je suis belle encore, dans ma robe de pourpre et d'or, sous la déchirante lumière. Hélas ! Les vents et les frimas viendront bientôt m'arracher ma parure. Mais, un jour, sur mon corps dépouillé, refleurira ma jeunesse !"
En hiver, elle gémit : "Me voici, stérile et glacée. Combien de plantes, de bêtes, d'oiseaux, que je fis naître et que j'aimais, meurent sur mon sein qui ne peut plus les nourrir ni les réchauffer ! Le destin est-il donc scellé ? Est-ce, pour toujours, la victoire de la mort ? Non ! Déjà, sous mon sol inerte, un sourd travail s'accomplit. Immobile au fond des ténèbres, je pressens le merveilleux retour de la lumière et de la vie."


Vieille Terre, rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation, mais prête, indéfiniment, à produire ce qu'il faut pour que se succèdent les vivants !
Vieille France, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau !
Vieil homme, recru d'épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance !"
Charles de Gaulle.

mardi 13 septembre 2022

vendredi 9 septembre 2022

jeudi 8 septembre 2022

Tribute to Elisabeth II


Elle est partie rejoindre celui qui, pour une fois, l'avait devancée...



dimanche 4 septembre 2022

Le pape du sourire. Béatification de Jean Paul 1 er


Jésus est en chemin vers Jérusalem et l’Évangile d’aujourd’hui dit que « de grandes foules faisaient route avec lui » (Lc 14, 25). Faire route avec Lui signifie le suivre, c’est-à-dire devenir des disciples. Pourtant, le Seigneur fait à ces personnes un discours peu attrayant et très exigeant : celui qui ne l’aime pas plus que ses proches, celui qui ne porte pas sa croix, celui qui ne se détache pas des biens terrestres ne peut pas être son disciple (cf. vv. 26-27.33). Pourquoi Jésus adresse-t-il ces paroles à la foule ? Quelle est la signification de ses avertissements ? Essayons de répondre à ces questions.

Tout d’abord, nous voyons une foule nombreuse, beaucoup de gens qui suivent Jésus. Nous pouvons imaginer que beaucoup ont été fascinés par ses paroles et émerveillés par les gestes qu’il a accomplis ; et donc, ils auront vu en Lui une espérance pour leur avenir. Qu’aurait fait tout maître de l’époque, ou – peut-on se demander – qu’aurait fait un leader rusé en voyant que ses paroles et son charisme attirent les foules et augmentent sa popularité ? Cela arrive encore aujourd’hui : en particulier dans les moments de crise, personnelle et sociale, lorsque nous sommes davantage portés à des sentiments de colère ou que nous avons peur d’une chose qui menace notre avenir, nous devenons plus vulnérables. Et alors, dans l’émotion du moment, nous faisons confiance à ceux qui savent manœuvrer avec dextérité et ruse, en profitant des peurs de la société et en nous promettant d’être notre “sauveur” qui résoudra les problèmes, alors qu’en réalité, ils veulent accroître leur popularité et leur pouvoir, leur image, leur capacité d’avoir les choses en main.

L’Évangile nous dit que Jésus ne fait pas ainsi. Le style de Dieu est différent. Il est important de comprendre le style de Dieu, comment Dieu agit. Dieu agit avec un style et le style de Dieu est différent de celui de ces gens parce qu’Il n’instrumentalise pas nos besoins, il n’utilise jamais nos faiblesses pour grandir. Il ne veut pas nous séduire par la tromperie ni distribuer des joies à bon marché. Il n’est pas intéressé par la marée humaine. Il n’a pas le culte des chiffres, il ne cherche pas l’approbation, il n’est pas idolâtre du succès personnel. Au contraire, il semble s’inquiéter quand les gens le suivent avec euphorie et s’enthousiasment trop facilement. C’est pourquoi, au lieu de se laisser attirer par le charme de la popularité – parce que popularité séduit - , il demande à chacun de discerner avec attention les motivations pour lesquelles il le suit et les conséquences que cela comporte. En effet, beaucoup parmi cette foule suivaient peut-être Jésus parce qu’ils espéraient qu’il serait un chef qui les délivrerait des ennemis, quelqu’un qui prendrait le pouvoir et qui le partagerait avec eux ; ou bien quelqu’un qui, faisant des miracles, résoudrait les problèmes de la faim et des maladies. On peut suivre le Seigneur, en effet, pour diverses raisons et certaines, nous devons le reconnaître, sont mondaines : derrière une apparence religieuse impeccable peut se cacher la simple satisfaction de ses besoins, la recherche du prestige personnel, le désir d’avoir un rôle, de contrôler les choses, le désir de prendre la place et d’obtenir des privilèges, l’aspiration à recevoir de la reconnaissance et ainsi de suite. Cela arrive aujourd’hui entre chrétiens. Mais ce n’est pas le style de Jésus. Et cela ne peut pas être le style du disciple ni de l’Église. Si quelqu’un suit Jésus avec ses intérêts personnels, il fait fausse route.

Le Seigneur demande une autre attitude. Le suivre ne signifie pas entrer dans une cour ou participer à un cortège triomphal, ni même recevoir une assurance-vie. Au contraire, cela signifie « porter la croix » (Lc 14, 27) : comme Lui, se charger de ses fardeaux et des fardeaux des autres, faire de sa vie un don, non une possession, la dépenser en imitant l’amour généreux et miséricordieux qu’Il a pour nous. Il s’agit de choix qui engagent la totalité de l’existence ; c’est pourquoi Jésus désire que le disciple ne mette rien avant cet amour, pas même les affections les plus chères et les biens les plus grands.

Mais pour faire cela, il faut le regarder plus que nous-mêmes, apprendre l’amour, le puiser du Crucifié. Là, nous voyons cet amour qui se donne jusqu’à la fin, sans mesure et sans limites. La mesure de l’amour est d’aimer sans mesure. Nous-mêmes – dit le Pape Luciani – « nous sommes de la part de Dieu objet d’un amour sans déclin » (Angélus, 10 septembre 1978). Sans déclin : il ne s’éclipse jamais de notre vie, il resplendit sur nous et éclaire même les nuits les plus sombres. Et alors, en regardant le Crucifié, nous sommes appelés à la hauteur de cet amour : à nous purifier de nos idées déformées sur Dieu et de nos fermetures, à l’aimer Lui et les autres, dans l’Église et dans la société, même ceux qui ne la pensent pas comme nous, même les ennemis.

Aimer : même si cela coûte la croix du sacrifice, du silence, de l’incompréhension, de la solitude, du fait d’être entravés et persécutés. Aimer ainsi, y compris à ce prix, parce que – disait encore le bienheureux Jean-Paul Ier – si tu veux embrasser Jésus crucifié, « tu ne peux faire moins que de te pencher sur la croix et te laisser piquer par quelqu’épine de la couronne qui se trouve sur la tête du Seigneur » (Audience Générale, 27 septembre 1978). L’amour jusqu’au bout, avec toutes ses épines : non pas les choses faites à moitié, les arrangements ou la vie tranquille. Si nous ne visons pas haut, si nous ne risquons pas, si nous nous contentons d’une foi à l’eau de roses, nous sommes – dit Jésus – comme celui qui veut construire une tour mais ne calcule pas bien les moyens pour le faire ; il « pose les fondations » et ensuite « n’est pas capable d’achever » (v. 29). Si, par peur de nous perdre, nous renonçons à nous donner, nous laissons les choses inachevées : les relations, le travail, les responsabilités qui nous sont confiées, les rêves, et même la foi. Et alors nous finissons par vivre à moitié – et combien de personnes vivent à moitié, nous aussi souvent nous avons la tentation de vivre à moitié - sans jamais faire le pas décisif, sans décoller, sans risquer pour le bien, sans vraiment nous engager pour les autres. Jésus nous demande ceci : vis l’Évangile et tu vivras la vie, non pas à moitié mais à fond. Vis l’Evangile, vis la vie, sans compromis.

Frères, sœurs, le nouveau bienheureux a vécu ainsi : dans la joie de l’Évangile, sans compromis, en aimant jusqu’à la fin. Il a incarné la pauvreté du disciple, qui n’est pas seulement se détacher des biens matériels, mais surtout vaincre la tentation de mettre son moi au centre et chercher sa gloire. Au contraire, suivant l’exemple de Jésus, il a été un pasteur doux et humble. Il se considérait comme la poussière sur laquelle Dieu avait daigné écrire (cf. A. Luciani/Jean-Paul I, Opera omnia, Padova 1988, vol. II, p. 11). C’est pourquoi il disait : « Le Seigneur a beaucoup recommandé : soyez humbles. Même si vous avez accompli de grandes choses, dites : nous sommes des serviteurs inutiles » (Audience Générale, 6 septembre 1978).

Avec le sourire, le Pape Luciani a réussi à transmettre la bonté du Seigneur. C’est beau une Église au visage joyeux, au visage serein et souriant, une Eglise qui ne ferme jamais les portes, qui n’endurcit pas les cœurs, qui ne se plaint pas et qui ne nourrit pas de ressentiment, qui n’est pas en colère ni intolérante, qui ne se présente pas de manière hargneuse, qui ne souffre pas de nostalgie du passé. Prions notre père et frère, demandons-lui de nous obtenir “le sourire de l’âme”, transparent, qui ne trompe pas, le sourire de l’âme. Demandons, avec ses paroles, ce qu’il avait l’habitude de demander : « Seigneur, prends-moi comme je suis, avec mes défauts, avec mes manquements, mais fais-moi devenir comme tu désires que je sois » (Audience Générale, 13 septembre 1978). Amen.

samedi 20 août 2022

Fête de Saint Bernard

« Tu as appris, Vierge, l'événement et aussi la manière dont il doit s'accomplir: double merveille et
double joie. Réjouis-toi, fille de Sion ! exulte à plein cœur, fille de Jérusalem ! Et puisque ce que tu viens d'entendre fut pour toi joie et allégresse, à nous maintenant d'entendre de ta bouche l'heureuse réponse que nous désirons, pour que tressaillent enfin de joie nos corps humiliés (Ps 50, 10). Tu as appris, dis-je, l'événement et tu as cru, crois aussi la manière dont il s'accomplira. Tu as entendu : tu concevras et enfanteras un fils ; tu as entendu : ce n'est pas d'un homme, mais de l'Esprit Saint.
L'ange attend la réponse, il est temps pour lui de retourner vers Dieu qui l'a envoyé. Nous attendons, nous aussi, ô Souveraine, une parole de pitié, nous misérables, écrasés par une sentence de damnation ! Voici qu'on vient t'offrir la rançon de notre délivrance, nous serons libérés tout de suite, si tu acceptes. Dans la Parole éternelle, Verbe de Dieu, nous avons été créés tous, et nous voilà condamnés à mort ; dans ta brève réponse se trouve le remède qui doit nous ramener à la vie. Cette réponse, ô bonne Vierge, Adam, pitoyable exilé du paradis avec sa postérité de misère, la réclame de toi; Abraham, David t'en supplient, tous les autres saints ancêtres sollicitent cette réponse ; tes pères par conséquent, qui eux aussi habitent le sombre pays de la mort ; le monde entier dans l'attente se tient prosterné à tes genoux. Et ce n'est pas sans raison, puisque du mot que ta bouche va prononcer dépendent la consolation des malheureux, le rachat des captifs, la libération des condamnés, en un mot : le salut de l'universelle filiation d'Adam, c'est-à-dire le salut de toute ta propre race.
Donne ta réponse, ô Vierge, hâte-toi, ô Souveraine, donne cette réponse que la terre, que les enfers, que les cieux aussi attendent. Le Roi lui-même, Seigneur de tous, est en suspens. Autant il a convoité ta beauté, autant il désire à cette heure le oui de ta réponse, ce oui par lequel il a résolu de sauver le monde. Tu lui as plu par ton silence, tu lui plairas bien davantage maintenant par ta parole. Écoute-le : il te crie du haut du ciel : « O belle entre toutes les femmes, fais-moi entendre ta voix ! » Si tu lui fais entendre ta voix, il te fera, lui, contempler notre libération. N'est-ce pas ce que tu cherchais en gémissant, ce vers quoi tu soupirais nuit et jour dans tes prières? Eh bien ! c'est toi à qui cette promesse fut faite, ou devons-nous en attendre une autre ? C'est toi, dis-je, la femme promise, attendue, désirée, toi enfin, en qui ton saint ancêtre Jacob, proche déjà de la mort, espérait la vie éternelle quand il disait: J'attendrai de toi ma délivrance, Seigneur ! (Gn 49, 18). C'est toi en qui et par qui Dieu lui-même, notre Roi, a depuis toujours préparé l'œuvre du salut au milieu du monde. Pourquoi espères-tu d'une autre femme ce qu'on vient t'offrir Pourquoi attends-tu d'une autre ce qui va bientôt se réaliser par toi, pourvu que tu donnes ton consentement, que tu répondes cette parole ?

Réponds donc vite à l'ange ! que dis-je ? réponds par l'ange au Seigneur. Réponds une parole et reçois la Parole. Profère la tienne et reçois la divine : émets une parole éphémère et embrasse l'éternelle ! Pourquoi tarder? pourquoi trembler'? Crois, parle et reçois ! Que l'humilité s'arme d'audace et la timidité d'assurance ! Il ne convient plus à présent que la modestie virginale renonce à la prudence. En cette conjoncture unique, prudente Vierge, ne redoute pas de te montrer présomptueuse, car si la modestie est agréable dans son silence, une parole de charité est en ce moment beaucoup plus nécessaire. Ouvre ton cœur, Vierge bienheureuse, ouvre-le à la foi, ouvre tes lèvres à l'acceptation, ouvre ton sein au Créateur. Voici le Désiré de toutes les nations qui frappe à la porte. Ah ! si pendant que tu tardes il allait passer son chemin et que tu doives dans les larmes courir à la recherche de l'ami de ton âme ! Lève-toi, cours, ouvre ! lève-toi par la foi, cours par la ferveur, ouvre-lui par ton consentement. »

Saint Bernard, Quatrième homélie "Super Missus", § 8

 

samedi 16 juillet 2022

dimanche 3 juillet 2022

lundi 20 juin 2022

Feu de la Saint Jean à Arliquet

                                          




lundi 30 mai 2022

Le but est atteint !

 Enfin, elle est retrouvée ! Et c'est en Creuse, à la Souterraine


lundi 23 mai 2022

Le mot

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.
Tout, la haine et le deuil ! Et ne m'objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :


Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de coeur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.


Ce mot - que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre -
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin,
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel. »


Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.


Victor Hugo

mardi 19 avril 2022

samedi 16 avril 2022

Homélie du Pape François pour la messe chrismale 14 avril 2022

Dans la lecture du prophète Isaïe que nous venons d'entendre, le Seigneur fait une promesse pleine d'espérance qui nous touche de près : « Vous serez appelés “Prêtres du Seigneur” ; on vous dira “Servants de notre Dieu”, [...] loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle » ( Is 61, 6.8). Être prêtre, chers frères, c’est une grâce, une très grande grâce, qui n'est pas d'abord une grâce pour nous, mais pour les gens. [1] Et, pour notre peuple, c'est un grand don que le Seigneur choisisse, parmi son troupeau, quelques-uns qui s'occupent exclusivement de ses brebis, comme des pères et des pasteurs. C'est le Seigneur lui-même qui assure le salaire du prêtre : « Loyalement, je leur donnerai la récompense » ( Is 61, 8). Et il est, nous le savons, un bon payeur, bien qu'il ait ses particularités, comme celle de payer d’abord les derniers et ensuite les premiers : c’est dans son style

La lecture du livre de l'Apocalypse nous indique ce qu'est le salaire du Seigneur. C'est son Amour et le pardon inconditionnel de nos péchés au prix de son sang versé sur la Croix : « Lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 5-6). Il n'y a pas de plus grand salaire que l'amitié avec Jésus, ne l’oublions pas. Il n'y a pas de paix plus grande que son pardon, cela, nous le savons tous. Il n'y a pas de prix plus élevé que celui de son précieux Sang dont nous ne devons pas permettre qu’il soit méprisé par une conduite indigne.

Si nous lisons avec le cœur, chers frères prêtres, ce sont des invitations du Seigneur à lui être fidèles, à être fidèles à son Alliance, à nous laisser aimer, à nous laisser pardonner ; ce sont des invitations non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour que nous puissions servir le saint peuple fidèle de Dieu avec une conscience pure. Les gens le méritent, et ils en ont besoin également. L'Évangile de Luc nous dit qu'après que Jésus ait lu le passage du prophète Isaïe devant les siens et se soit assis, « tous avaient les yeux fixés sur lui » (4, 20). L'Apocalypse nous parle encore aujourd'hui des yeux fixés sur Jésus, de l'irrésistible attraction du Seigneur crucifié et ressuscité qui nous pousse à l'adorer et à le reconnaître : « Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen ! » (1, 7). La grâce finale, lorsque le Seigneur ressuscité reviendra, sera celle d’une reconnaissance immédiate : nous le verrons transpercé, nous reconnaîtrons qui il est et qui nous sommes, des pécheurs ; rien de plus.

“Fixer les yeux sur Jésus” est une grâce que, en tant que prêtres, nous devons cultiver. À la fin de la journée, il est bon de regarder le Seigneur, et que Lui regarde notre cœur, avec celui des personnes que nous avons rencontrées. Il ne s'agit pas de compter les péchés, mais d'une contemplation amoureuse dans laquelle nous regardons notre journée avec le regard de Jésus, et nous voyons ainsi les grâces de la journée, les dons et tout ce qu'il a fait pour nous, afin de lui rendre grâce. Et nous lui montrons aussi nos tentations, afin de les reconnaître et de les rejeter. Comme nous le voyons, il s'agit de comprendre ce qui est agréable au Seigneur et ce qu'il veut de nous ici et maintenant, dans notre histoire présente.

Et, si nous fixons son regard plein de bonté, il y aura peut-être aussi un signe de sa part pour que nous lui montrions nos idoles. Ces idoles que, comme Rachel, nous avons cachées sous les plis de notre manteau (cf. Gn 31, 34-35). Laisser le Seigneur regarder nos idoles cachées – nous en avons tous. Tous ! Et le fait de laisser le Seigneur regarder ces idoles cachées nous rend forts face à elles et leur enlève leur pouvoir.

Le regard du Seigneur nous fait voir qu'en réalité, nous nous glorifions nous-mêmes en elles, [2] parce que là, dans cet espace où nous vivons comme s'il était exclusif, le diable s'immisce en ajoutant un élément très mauvais : il fait en sorte que, non seulement nous “complaisons” nous-mêmes en donnant libre cours à une passion ou en cultivant une autre, mais il nous amène aussi à substituer par elles, par ces idoles cachées, la présence des Personnes divines, la présence du Père, du Fils et de l'Esprit, qui demeurent en nous. De fait, c'est une chose qui arrive. Même si l’on se dit à soi-même que l'on distingue parfaitement ce qu'est une idole et qui est Dieu, dans la pratique, on enlève de l'espace à la Trinité pour le donner au démon, dans une sorte d’adoration indirecte : celle de celui qui le cache, mais qui écoute continuellement ses discours et consomme ses produits, de sorte qu'à la fin il ne reste même pas un petit espace pour Dieu. Parce qu’il est comme çà, il avance lentement. Une autre fois, j’ai parlé des démons “éduqués”, ceux dont Jésus dit qu’ils sont pires que celui qui avait été chassé. Ils sont “éduqués”, ils sonnent à la porte, ils entrent et prennent peu à peu possession de la maison. Nous devons être attentifs, voilà nos idoles.

C'est que les idoles ont quelque chose - un élément - qui leur est propre. Quand nous ne les démasquons pas, quand nous ne laissons pas Jésus nous montrer que nous nous cherchons nous-mêmes en elles sans nécessité, nous laissons un espace pour que le Malin s'immisce. Nous devons nous rappeler que le démon exige que nous fassions sa volonté et que nous le servions, mais il ne demande pas toujours que nous le servions et l'adorions continuellement, non, il sait se mouvoir, c’est un grand diplomate. Recevoir l'adoration de temps en temps lui suffit pour montrer qu'il est notre vrai seigneur, et même qu'il se sent le dieu de notre vie et de notre cœur.

Ceci étant dit, je voudrais partager avec vous, en cette Messe Chrismale, trois espaces d'idolâtrie cachée dans lesquels le Malin utilise ses idoles pour nous priver de notre vocation de pasteurs et, peu à peu, nous séparer de la présence bienfaisante et aimante de Jésus, de l'Esprit et du Père.

Un premier espace d'idolâtrie cachée s'ouvre là où il y a de la mondanité spirituelle qui est « une proposition de vie, une culture, une culture de l'éphémère, une culture de l’apparence, une culture du maquillage ». [3] Son critère est le triomphalisme, un triomphalisme sans la Croix. Et Jésus prie pour que le Père nous préserve de cette culture de la mondanité. Cette tentation d'une gloire sans la Croix va à l'encontre de la personne du Seigneur, elle va contre Jésus qui s'humilie dans l'Incarnation et qui, comme signe de contradiction, est le seul remède contre toute idole. Être pauvre avec le Christ pauvre, et “parce que le Christ a choisi la pauvreté”, est la logique de l'Amour, et rien d’autre. Dans le passage de l'Évangile d'aujourd'hui, nous voyons comment le Seigneur se situe dans son humble chapelle et dans son petit village, celui de toute sa vie, pour faire la même Annonce qu'il fera à la fin de l'histoire, quand il viendra dans sa Gloire, entouré des anges. Et nos yeux doivent rester fixés sur le Christ, dans l'ici et maintenant de l'histoire de Jésus avec moi, comme ils le seront alors. La mondanité de la recherche de sa propre gloire nous vole la présence de Jésus humble et humilié, du Seigneur proche de tous, du Christ des douleurs avec tous ceux qui souffrent, adoré par notre peuple qui sait qui sont ses vrais amis. Un prêtre mondain n'est rien d'autre qu'un païen cléricalisé. Un prêtre mondain n'est rien d'autre qu'un païen cléricalisé.

Un autre espace d'idolâtrie cachée prend racine là où l’on donne le primat au pragmatisme des chiffres. Ceux qui ont cette idole cachée se reconnaissent à leur amour des statistiques qui peuvent effacer toute dimension personnelle dans la discussion et donner la prééminence à la majorité, qui devient en définitive le critère de discernement ; c’est mauvais. Cela ne peut être la seule façon de procéder ni le seul critère dans l'Église du Christ. Les personnes ne peuvent pas être “numérotées”, et Dieu ne donne pas l'Esprit “avec mesure” (cf. Jn 3, 34). Dans cette fascination pour les chiffres, nous nous cherchons en fait nous-mêmes et prenons plaisir au contrôle que nous fournit cette logique qui ne s'intéresse pas aux visages et n'est pas celle de l'amour, et aime les chiffres. Une caractéristique des grands saints est qu'ils savent se mettre en retrait afin de laisser toute la place à Dieu. Ce retrait, cet oubli de soi et ce désir de se faire oublier de tous est le propre de l'Esprit qui n'a pas d'image ; l’Esprit n’a pas d’image propre simplement parce qu’il est tout Amour faisant briller l'image du Fils et, en elle, celle du Père. La substitution de sa Personne qui, déjà en soi, aime “ne pas apparaître” – parce qu’elle n’a pas d’image –, est ce que vise l'idole des chiffres, qui fait en sorte que tout “apparaisse”, bien que de manière abstraite et comptabilisée, sans incarnation.

Un troisième espace d'idolâtrie cachée, lié au précédent, est celui qui s'ouvre avec le fonctionnalisme, un milieu séduisant dans lequel beaucoup “s'enthousiasment davantage pour la feuille de route que pour le parcours”. La mentalité fonctionnaliste ne tolère pas le mystère, elle vise l'efficacité. Peu à peu, cette idole remplace la présence du Père en nous. La première idole se substitue à la présence du Fils, la deuxième à celle de l’Esprit, et celle-ci à la présence du Père. Notre Père est le Créateur, non pas quelqu’un qui fait seulement “fonctionner” les choses, mais quelqu’un qui “crée” comme un Père, avec tendresse, en prenant en charge ses créatures et en œuvrant pour que l'homme soit plus libre. Le fonctionnaliste ne sait pas se réjouir des grâces que l'Esprit répand sur son peuple, desquelles il pourrait aussi se “nourrir” comme un ouvrier qui gagne son salaire. Le prêtre à la mentalité fonctionnaliste a sa propre nourriture, qui est son ego. Dans le fonctionnalisme, nous laissons de côté l'adoration du Père dans les petites et grandes choses de nos vies et nous nous complaisons dans l'efficacité de nos programmes. Comme ce qu’a fait David lorsque, tenté par Satan, il se convainquit d’effectuer le recensement (cf. 1 Ch 21, 1). Ceux-ci sont les amoureux de plan, de l’itinéraire, non du chemin.

Dans ces deux derniers espaces d'idolâtrie cachée (pragmatisme des chiffres et fonctionnalisme), nous remplaçons l'espérance, qui est l'espace de la rencontre avec Dieu, par le résultat empirique. C'est une attitude de vaine gloire de la part du pasteur, une attitude qui désintègre l'union de son peuple avec Dieu et façonne une nouvelle idole basée sur les chiffres et les programmes : l'idole “mon pouvoir, notre pouvoir” [4], notre programme, nos chiffres, nos plans pastoraux. Cacher ces idoles (avec l'attitude de Rachel) et ne pas savoir les démasquer dans sa vie quotidienne nuit à la fidélité de notre alliance sacerdotale et attiédit notre relation personnelle avec le Seigneur. Mais que cherche cet évêque qui, au lieu de parler de Jésus, nous parle de ces idoles d’aujourd’hui ? Certains peuvent se dire cela…

Chers frères, Jésus est la voie unique pour ne pas nous tromper dans la connaissance de ce que nous ressentons, de ce à quoi notre cœur nous conduit... ; il est la voie unique pour bien discerner en nous confrontant à Lui, chaque jour, comme si aujourd'hui encore il s’asseyait dans notre église paroissiale et nous disait qu'aujourd'hui s'est accompli tout ce que nous avons entendu. Que Jésus-Christ, en étant un signe de contradiction – ce qui n'est pas toujours quelque chose de cruel ni de dur, puisque la miséricorde est un signe de contradiction et bien plus encore la tendresse – que Jésus-Christ, donc, fasse en sorte que ces idoles soient révélées, que leur présence, leurs racines et leurs rouages soient visibles, et que le Seigneur puisse ainsi les détruire, voilà la proposition : faire de la place pour que le Seigneur puisse détruire nos idoles cachées. Et nous devons nous en souvenir, être attentifs, afin que l’ivraie de ces idoles que nous avons su cacher dans les replis de notre cœur ne repoussent pas.

Et je voudrais conclure en demandant à saint Joseph, le père très chaste et sans idoles cachées, de nous libérer de toute soif de possession, car celle-ci, la soif de possession, est le terreau fertile dans lequel poussent ces idoles. Et qu'il nous obtienne aussi la grâce de ne pas baisser les bras dans la tâche ardue de discerner ces idoles que nous dissimulons ou qui se cachent si souvent. Et demandons aussi à saint Joseph que, là où nous doutons sur la manière de mieux faire, il intercède pour nous afin que l'Esprit éclaire notre jugement, comme il a éclaira le sien lorsqu'il a fut tenté de répudier Marie “en secret” ( lathra), de sorte que nous sachions, avec un cœur noble, subordonner à la charité ce que
nous avons appris par la loi [5].

 


[1] Parce que le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun. Le Seigneur a choisi certains pour « exercer officiellement la fonction sacerdotale pour les hommes au nom du Christ » (Conc. Œcum. Vat. II, Décret  Presbyterorum Ordinis, n. 2 ; cf. Constitution dogmatique  Lumen Gentium, n. 10). "Car les ministres qui sont dotés du pouvoir sacré servent leurs frères" ( Lumen Gentium, n. 18).

[2] Cf. Catéchèse de l’Audience générale, 1 er août 2018.

[3] Homélie de la messe à Sainte Marthe, 16 mai 2020.

[4] J. M. Bergoglio, Meditaciones para religiosos, Bilbao, Mensajero, 2014, 145.

[5] Cf Lett. ap. Patris corde, 4, note 18.

dimanche 10 avril 2022

Comme un âne...

Oui, comme cet animal qu’un dictionnaire biblique décrit ainsi ;

« L’âne de Palestine est très vigoureux, souffre peu de la chaleur, se nourrit de chardons ; la forme de ses sabots rend sa marche très sûre ; enfin son entretien est peu coûteux. Ses seuls défauts sont l’entêtement et la paresse. » 

J’avance comme l’âne de Jérusalem dont le Messie, un jour des Rameaux, fit une monture royale et pacifique. Je ne sais pas grand-chose mais je sais que je porte le Christ sur mon dos et j’en suis plus fier que d’être Basque. Je le porte, mais c’est lui qui me mène. Je sais qu’il me conduit vers son Royaume où je me prélasserai sans fin dans de verts pâturages.
J’avance à petits pas. Par des chemins escarpés, loin de ces autoroutes où la vitesse vous empêche de reconnaître monture et cavalier. Quand je bute contre une pierre, mon Maître doit être bien cahoté, mais il ne me reproche jamais rien. C’est merveilleux comme il est gentil et patient avec moi : il me laisse le temps de saluer la ravissante ânesse de Balaam, de rêver devant un champ de lavande, d’oublier même que je le porte.
J’avance, en silence. C’est fou comme on se comprend sans parler ; d’ailleurs, je n’entends pas trop quand il me souffle des mots à l’oreille. La seule parole de lui que j’ai comprise semblait être pour moi tout seul et je puis témoigner de sa vérité : « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Mt 11, 30).
C’est comme, foi d’animal, quand je portais allègrement sa mère vers Bethléem, un soir de Noël : « Elle pesait peu, n’étant occupée que de l’avenir en elle », c’est Jules Supervielle, le poète ami des ânes qui l’a dit.
J’avance dans la joie. Quand je veux chanter ses louanges, je fais un boucan de tous les diables,je chante faux. Lui, alors, il rit de bon cœur, d’un rire qui transforme les ornières en piste de danse et mes sabots en sandales de vent. Ces jours-là, je vous jure, on en fait du chemin ! J’avance, j’avance comme un âne qui porte le Christ sur son dos.

Cardinal Roger Etchegaray

Il y a des mystères...

 



samedi 9 avril 2022

lundi 4 avril 2022

Par Grâce...


"Certes, notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l’enfance émeut toujours ses entrailles, l’ignorance des petits lui fait baisser les yeux – ses yeux qui savent le bien et le mal, ses yeux qui ont vu tant de choses ! Mais ce n’est que l’ignorance après tout. La Vierge était l’Innocence. Rends-toi compte de ce que nous sommes pour elle, nous autres, la race humaine ? Oh ! naturellement, elle déteste le péché, mais enfin, elle n’a de lui nulle expérience, cette expérience qui n’a pas manqué aux plus grands saints, au saint d’Assise lui-même, tout séraphique qu’il est. Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d’enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre malheur. Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère – mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain."
Georges Bernanos

in Journal d'un curé de campagne

vendredi 25 mars 2022

Annonciation

 Ivanka Demchuk, née en 1990 à Lviv

lundi 21 mars 2022

Et toc !

Durant un débat animé, Lady Astor lance à Winston Churchill :
- Si j’étais votre femme, je mettrais du poison dans votre thé.
- Si j’étais votre mari, je le boirais.


Charité...

"On vous a dit, n'est-ce pas ? que mes violences écrites offensaient la charité. Je n'ai qu'un mot à répondre à votre théologien. C'est que la Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques.  


Une doctrine qui propose l'Amour de Dieu pour fin suprême, a surtout besoin d'être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l'amour-propre ou de l'amour charnel. Il est trop facile d'émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu'on leur cacherait. On obtient, de la sorte, une religion mollasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même."
Léon Bloy - Le Désespéré

lundi 28 février 2022

Panoramique...

 

Sous le soleil, panorama de lecture...

vendredi 25 février 2022

Serein...

                           

Dans la paix du soir, un fugace passage...

vendredi 31 décembre 2021

vendredi 24 décembre 2021

jeudi 9 décembre 2021

Désinformation...

Re-re-voilà une désinformation sur le pape publiée une fois de plus par le même journal : celui qui annonçait il y a onze ans l’accueil triomphal des lefebvristes dans l’Eglise alors que Benoît XVI allait leur refermer la porte en raison de leur idéologie… Le même journal, en 2015, prétendait que François dans un avion avait accusé les familles nombreuses de se reproduire comme des lapins : en fait le pape avait dit son estime pour les familles nombreuses, tout en recommandant (comme l’Eglise l’a toujours fait) de n’avoir beaucoup d’enfants que dans la mesure où on a les moyens de les élever… En 2018, le même journal encore soutenait la tentative de putsch de Vigano contre le pape François, avant que ce coup monté par les trumpistes américains ne soit démasqué publiquement…


Et re-revoilà ce journal, en 2021, qui triture les propos du pape dans l’avion de retour de son voyage en Grèce, en prétendant que François a accusé l’archevêque de Paris d’immoralité dans des termes très déplacés. Alors j’invite tous les auditeurs à regarder sur KTO la vidéo de cet entretien du pape dans l’avion. Ils constateront que François, selon sa méthode habituelle avec la presse, répond aux questions sur Mgr Aupetit en posant lui-même des questions : que savez-vous de cette affaire, vous les journalistes ? apparemment rien ? alors raisonnons ensemble, leur dit-il en gros… Et le pape énonce des hypothèses, pas à pas : confrontant les “commérages” (comme il dit) aux faits tels qu’on les connaît, il réduit cette affaire médiatique à sa dimension réelle. Alors, dit-il, pourquoi Mgr Aupetit a-t-il quitté ses fonctions ? Parce que la rumeur orchestrée contre lui l’empêchait de gouverner son diocèse, et que dans ces conditions mieux valait démissionner : raison pour laquelle le pape a accepté cette démission. Et François conclut, non pas contre Mgr Aupetit, mais contre la société de la rumeur, dans laquelle nous sommes depuis plusieurs dizaines d’années.
Voilà ce qui s’est dit dans l’avion. Voilà pourquoi on peut s’indigner d’un article qui fait dire au pape le contraire de ce qu’il a dit. Et voilà pourquoi on ne peut pas continuer à admettre qu’un courant d’opinion, plus proche des méthodes Trump que du service chrétien de la vérité, utilise les avalanches médiatiques pour tenter de renverser le pape. Ou pour se venger d’un archevêque…
Prions pour le pape François et pour Mgr Aupetit.
Patrice de Plunkett

Avancer...




"L'art de s'avancer et de parvenir, c'est l'art d'offrir sa main à qui l'on voudrait donner son pied."
Duc Louis de Saint Simon