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dimanche 25 novembre 2018

Au feu !

L'âme est une chose capable de prendre feu. Elle n'est même faite que pour cela. Ce feu porte un nom, il s'appelle la joie, et quand la chose se produit et que l'Esprit tombe sur elle, comme on dit, elle ressent une telle joie, il lui est arraché tel un cri. 
Paul Claudel à Jean Louis Barreault
2 07 1953

mercredi 24 décembre 2014

La conversion de Paul Claudel un 25 décembre 1886...

"J'avais complètement oublié la religion et j'étais à son égard d'une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d'un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d'Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l'impression vivante et presque physique du surnaturel. 
Mais mon état habituel d'asphyxie et de désespoir restait le même. Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C'est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j'assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand'messe. Puis, n'ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. 
J'étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l'entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence, l'éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. […]"
Paul Claudel
Contacts et circonstances, Œuvres en Prose, Gallimard, La Pléiade, pp.1009-1010

dimanche 16 décembre 2012

Lorsque le soir tombe...

Le soir tombe, considère ce site nouveau, explorateur !
Ce silence à d'autres étonnant, qu'il est familier à ton coeur !
Les montagnes l'une sur l'autre se dressent sans une attention immense.
Il faut beaucoup d'espace pour que la vie commence, pour que le souffle du large soit arrêté et que les eaux en ce cirque déchiré soit recueillies !
J'écoute le bruit qu'elles font et le soupir de tous ces villages sous moi dans le sucre et dans le riz.
Ma maison que j'ai abandonnée pour toujours, je n'ai qu'à me retourner pour savoir qu'elle est là-bas.
(J'entends le vent, pendant que je lis les Psaumes, qui fait remuer les stores de la véranda).
Je sais que tout est fini derrière moi et que le retour est exclu.
Donne avec un profond tressaillement, mon âme, dans ce pays complètement inconnu !
Pourquoi tarder plus longtemps sur ce seuil préparateur ?
Viens, si le nom d'un Père a pour toi quelque douceur.
Paul Claudel
in Poèmes retrouvés, 1921

samedi 12 mars 2011

La Vierge à midi...

La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus Christ, je ne viens pas prier.
Je n'ai rien à offrir et rien à demander
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.
Midi !
Etre avec vous, Marie en ce lieu où vous êtes.


Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le coeur chanter dans son propre langage,

Ne rien dire, mais seulement chanter, parce qu'on a le coeur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,

Parce que vous êtes là pour toujours,
simplement parce que vous êtes Marie,
simplement parce que vous existez Mère de Jésus, soyez remerciée !

Paul Claudel

mardi 2 juin 2009

La Vierge qui écoute...

"A l'église de mon village de Brangues il y a la chapelle du château : C'est là que je vais tous les jours à cinq heures parce qu'il fait trop chaud. On ne peut pas se promener tout le temps, alors autant aller chez le bon Dieu : Dehors le soleil à tue-tête s'en donne, et la route à travers la place en hurlant on croirait qu'elle crie : Au feu !

Mais, dedans, la Sainte Vierge devant moi pour moi, elle est aussi fraîche et pure qu'un glacier,
Toute blanche avec son fils dans sa belle robe tout blanc, si longue qu'on ne lui voit que le bout des pieds. 

Marie ! alors c'est ce gros imbécile encore une fois qui est là tout débordant d'anxiétés et de désirs !

Ah ! je n'aurai jamais assez de temps pour les choses que j'ai à Vous dire ! 
Mais elle, les yeux baissés, avec un visage sérieux et tendre, 
Regarde les paroles sur ma bouche, comme quelqu'un qui écoute et qui se prépare à comprendre." 

Brangues, 27 juin 1934
Paul Claudel

jeudi 5 juin 2008

Forza Roma !

Voici quelques lignes évoquant Rome, l'unique et la magnifique laissées par deux géants de la littérature. Savourez les, elles vous donneront plus que vous ne pouvez croire...
"Moi je les aimes [ces cloches], je les connais toutes, les petites et les graves, toutes proches et celles qui sont le plus loin,
Tant que toute la Ville Sainte autour de moi se dispose, édifiée par le son. Pures cloches, au lieu de tant de paroles ce serait bon de résonner comme elles
Soi-même et de n'être éternellement que la et mi." (...)
"Oui. Laisse entrer ce dernier rayon si doux jusqu'à moi,
La couleur rouge du soir.
Laisse entrer Rome jusqu'à moi."

Paul Claudel

Et François René de Chateaubriand d'évoquer à sa manière les fêtes romaines avec ce fatalisme romantique qui lui est propre.

"J'avais donné des bals et des soirées à Londres et à Paris (...); mais je ne m'étais pas douté de ce que pouvaient être des fêtes à Rome : elles ont quelque chose de la poésie antique qui place la mort à côté des plaisirs.

(...) Je vois passer devant moi ces femmes du printemps qui s'enfoncent parmi les fleurs, les concerts et les lustres de mes galeries successives : on dirait des cygnes qui nagent vers des climats radieux. A quel désennui vont-elles ? Les unes cherchent ce qu'elles ont déjà aimé, les autres ce qu'elles n'aiment pas encore. Au bout de la route, elles tomberont dans ces sépulcres toujours ouverts ici, dans ces anciens sarcophages qui servent de bassins à des fontaines suspendues à des portiques ; elles iront augmenter tant de poussières légères et charmantes. Ces flots de beautés, de diamants, de fleurs et de plumes roulent au son de la musique de Rossini qui se répète et s'affaiblit d'orchestre en orchestre."

C'est ce même Chateaubriand, qui, perché sur les hauteur du Janicule, à San Onofrio, écrivait : "Si j'ai le bonheur de finir mes jours ici, je me suis arrange pour avoir a Saint Onuphre un réduit joignant la chambre ou Le Tasse expira...
Dans un des plus beaux sites de la terre, parmi les orangers et les chenes verts, Rome entière sous mes yeux, chaque matin, en me mettant a l'ouvrage, entre le lit de la mort et la tombe du poète, j'invoquerai le génie de la gloire et du malheur"
(Mémoires d'outre tombe, tome V)
Sublime non ?
Belle journée !

jeudi 22 mai 2008

Made in Japan

Quelques vers pour accompagner le soleil...
Ce poème tiré du recueil "Dotoitzu" (les dotoitzus sont des chansons populaires japonaises) fut rédigé comme les autres en 1936 par Paul Claudel en vue de la conférence qu'il préparait sur "la Poèsie française et l'Extrême Orient. Claudel s'est inspiré de ces chansons paysannes pour composer les siennes. Elles ne durent que l'espace d'un regard, d'un sourire, d'un rayon de soleil...

"Sous le grand vent qui le fouette,
Toutes ses voiles dehors,
Le bateau vire de bord
Dans un tourbillon de mouettes."

Paul Claudel

Belle journée !