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jeudi 1 avril 2021

Jeudi Saint...

 Pour méditer...


Jusqu'à la fin... aimer... demeurer avec les siens... Jusqu'à la fin...
Jamais jusqu'à la fin ! La route va ! L'homme passe.
Un jour, inéluctable, sonne l'heure des adieux.
Par la mort - ou par la vie - la mère quitte son enfant, l'ami se sépare de son ami, 
le médecin s'éloigne du malade... L'homme passe.
Et l'Homme-Christ - visage, regard, voix - a passé comme les autres.
Ô Dieu, la présence de l'Amour n'est pas plutôt survenue qu'à peine sa douceur goûtée, elle se retire.
Malgré l'Amour. 
Ah ! Rester en partant ! Impossible ! Je meurs, je pars, je t'abandonne. 
Ah! Que ne suis-je Dieu !
Ô bienheureux Christ ! Bienheureux mourant ! Ce que je ne peux pas faire, Toi tu l'as fait. 
Comment ne l'aurais-tu pas fait, puisque tu aimais ?
L'éternelle Présence dans l'Absence, 
Tu l'as réalisé, Toi, Christ, l'Amour à jamais sans séparation, 
le secours à jamais sans usure dans la courant fatal du temps qui tout emporte.
A l'heure déchirante de l'adieu, tu n'as pu nous quitter, 
Tu n'as pas voulu nous être ôté comme un autre pauvre homme fuyant qui s'écoule, 
et Te voilà, pour toujours, sur notre table, dans notre pain.
Par le Christ, dans l'Eucharistie, l'Adieu, de séparation, devient union : à Dieu.
Marie Noël
in Notes intimes

vendredi 18 octobre 2019

L'île


Solitude au vent, ô sans pays, mon Île,
Que les barques de loin entourent d’élans
Et d’appels, sous l’essor gris des goélands,
Mon Île, mon lieu sans port, ni quai, ni ville, 

Mon Île où s’élance en secret la montagne
La plus haute que Dieu heurte du talon
Et repousse… Ô Seule entre les aquilons
Qui n’a que la mer farouche pour compagne. 

Temps où se plaint l’air en éternels préludes,
Mon Île où l’Amour me héla sur le bord
D’un chemin de cieux qui descendait à mort,
Espace où les vols se brisent, Solitude. 

Solitude, Aire en émoi de Cœur immense
Qui sans cesse jette au large ses oiseaux,
Sans cesse au-dessus d’infranchissables eaux,
Sans cesse les perd, sans cesse recommence. 

Désolation royale, terre folle
Que berce l’abîme entre ses bras massifs,
Mon Île, tu tiens un Silence captif
Qu’interroge en vain la houle des paroles.

Marie Noël
Chants d'arrière saison