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jeudi 23 avril 2020

Rêves...

    Il a plu tout un jour de grisaille et de brume, 
Pareil à mon esprit tranquille et résigné 
Qui se trouve chez lui sous le ciel déblayé. 
Il a plu tout le jour et les vitres s’allument ; 


Il a plu tout le jour et ce n’est pas fini... 
Avant l’heure, l’après-midi lente s’achève ; 
À tant de souvenirs mon cœur s’est rajeuni. 
Ô pluie, avec tes fils, que j’ai tissé de rêves ! 
Ô pluie, avec tes mille et mille gouttes d’eau, 
Quels magiques dessins j’ai vus sur les carreaux ! 
Ô pluie, avec ta voix toujours inapaisée, 
Quelle musique d’autrefois j’ai composée ! 
Ô pluie, en t’écoutant pendant cette journée, 
Que tu m’as rappelé de choses ! 


Dans le port 
De la ville pluvieuse de mon enfance, 
Les navires jetaient des cris de délivrance 
Lorsqu’ils prenaient le large, emportant à leur bord, 
Parmi leur cargaison, mon âme désireuse 
De soleil, d’Océan et de terres heureuses. 
La pluie était semblable à celle d’aujourd’hui ; 
Avec sur les pavés ce monotone bruit 
Où les passants glissaient comme des ombres vaines ; 
Mais le brouillard du soir se perçait de sirènes ! 
Et puis, dans le jardin, au cœur des étés mous, 
Que le parfum de la terre humide était doux !

Jean de La Ville de Mirmont

mercredi 16 octobre 2013

La Gargouille

Je suis une antique gargouille 
Logée au sommet d’un clocher. 
Je ne sais qui vint m’y percher... 
Mes souvenirs, le temps les brouille. 


Sous moi, très bas, la foule grouille. 
De mon haut je la vois marcher... 
Je suis une antique gargouille 
Logée au sommet d’un clocher. 


Quand il pleut fort, j’aime à pencher 
Sur les gens que l’averse mouille 
Mon bec crochu. J’aime à cracher, 
Sur eux, mon eau pleine de rouille. 
Je suis une antique gargouille 
Logée au sommet d’un clocher.

Jean de la Ville de Mirmont

lundi 23 septembre 2013

Tant de lueurs...

Le ciel incandescent d’un million d’étoiles 
Palpite sur mon front d’enfant extasié. 
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles 
Et je me sens grandir comme un divin brasier. 


Les parfums de juillet brûlent dans le silence 
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon cœur ivre d’été.


Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde 
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ? 
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !

Jean de la Ville de Mirmont


mercredi 18 septembre 2013

En un vaste espace...


La Mer est infinie et mes rêves sont fous. 
La mer chante au soleil en battant les falaises 
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise 
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls. 

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis. 

Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs 
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ; 
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.

Jean de la Ville de Mirmont

Quelques rimes...

Je suis né dans un port et depuis mon enfance 
J’ai vu passer par là des pays bien divers. 
Attentif à la brise et toujours en partance, 
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer. 


Je connais tous les noms des agrès et des mâts, 
La nostalgie et les jurons des capitaines, 
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent 
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas. 


Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore, 
La vitesse du vent et l’orage certain, 
Car mon âme est un peu celle des sémaphores, 
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints. 


Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes 
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort, 
S’il préfère dormir dans de lointains arômes, 
Mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.

                                                           Jean de la Ville de Mirmont

samedi 31 août 2013

Découverte estivale en partage...

Ô mes moulins à vent, ô mes vaisseaux à voiles, 
Qu’est-ce que l’on a fait de vos âmes de toile ?
Que reste-t-il de vous, hors ces tristes pontons,
Mes frégates, mes avisos et mes corvettes ?
A quel souffle divin, vieux moulins, vous voit-on
Tourner comme ici-bas dans le ciel où vous êtes ?




   On a tué bien trop de choses que j’aimais,
Desquelles c’est fini, maintenant, à jamais.
Le « mare ignotum » des vieilles mappemondes
Hante encore mon esprit à travers tous les temps.
Je songe à des marins sur les mers du levant
Qui voguaient sans savoir que la terre était ronde.




Je regrette des paysages de coteaux
Aux fleuves traversés par des ponts à dos d’âne.
La route poudroyait, comme disait sœur Anne ;
Les moulins agitaient leurs quatre bras égaux.
Qu’est-ce que l’on a fait de vos âmes de toile,
Ô mes moulins à vent, ô mes vaisseaux à voiles ?

Jean de La Ville de Mirmont