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lundi 19 décembre 2016

Mémoire...

Le 19 décembre 1964, Jean Moulin entrait au Panthéon durant une cérémonie présidée par le Général de Gaulle. C'était le 20 ème anniversaire de la Libération. 
Voici la conclusion du discours d'André Malraux : 

"Ecoute ce soir, jeunesse de mon pays, les cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a 14 ans, puissent tous cette fois les entendre, elles vont sonner pour toi.» L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le champ qui va s'élever maintenant. Ce chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité. Puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et des bois d'Alsace, mêlé aux cris perdus des moutons des tabors quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt, lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec Les Misérables, de celle de Jaurès veillées par la justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé. Ce jour là, elle était le visage de la France."

lundi 23 novembre 2015

Anniversaire de la mort d'André Malraux


L'amitié, ce n'est pas d'être avec ses amis quand ils ont raison, 
c'est d'être avec eux même quand ils ont tort.
André Malraux 
in L'Espoir

mercredi 27 mai 2015

Pour mémoire...

le magnifique discours d'André Malraux 
prononcé pour l'entrée des cendres de Jean Moulin 
au Panthéon  


mardi 22 novembre 2011

Anniversaire de la mort d'André Malraux

Deux extraits de discours de Malraux.
Goûtez le style... Il est rare, hélas trois fois hélas...

L’hommage d’aujourd’hui n’appelle que le chant qui va s’élever maintenant, ce Chant des Partisans que j’ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d’Alsace, mélé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France.
Discours pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon,
le 19 décembre 1964

Si l’Unesco tente de sauver les monuments de Nubie, c’est qu’ils sont immédiatement menacés... et nous propose de mettre au service des effigies, pour les sauver, les immenses moyens que l’on n’avait mis jusqu’ici, qu’au service des vivants. Peut-être parce que la survie des effigies est devenue pour nous une forme de la vie. Au moment où notre civilisation devine dans l’art une mystérieuse transcendance et l’un des moyens encore obscurs de son unité, au moment où elle rassemble les oeuvres devenues fraternelles de tant de civilisations qui se haïssent ou s’ignorent, ( l’Unesco ) propose l’action qui fait appel à tous les hommes contre tous les grands naufrages.
Cet appel n’appartient pas à l’histoire de l’esprit parce qu’il faut sauver les temples de Nubie, mais parce qu’avec lui, la première civilisation mondiale revendique publiquement l’art mondial comme son indivisible héritage.
Le lent flot du Nil a reflété les files désolées de la Bible, l’armée de Cambyse et celle d’Alexandre, les cavaliers de Byzance et les cavaliers d’Allah, les soldats de Napoléon. Lorsque passe au-dessus de lui le vent de sable, sans doute sa vieille mémoire mêle - t - elle avec indifférence l’éclatant poudroiement du triomphe de Ramsès, à la triste poussière qui retombe derrière les armées vaincues? Et, le sable dissipé, le Nil retrouve les montagnes sculptées, les colosses dont l’immobile reflet accompagne depuis si longtemps son murmure d’éternité.
Regarde, vieux fleuve dont le crues permirent aux astrologues de fixer la plus ancienne date de l’histoire, les hommes qui emporteront ces colosses loin de tes eaux à la fois fécondes et destructrices : ils viennent de toute la terre. Que la nuit tombe, et tu refléteras une fois de plus les constellations sous lesquelles Isis accomplissait les rites funéraires, l’étoile que contemplait Ramsès. Mais le plus humble des ouvriers qui sauvera les effigies d’Isis et de Ramsès te dira ce que tu sais depuis toujours, et que tu entendras pour la première fois : “ Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévalent ni l’indifférence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort.”
Discours pour la sauvegarde des monuments de Haute-Egypte
8 Mars 1960

mercredi 29 septembre 2010

dimanche 12 juillet 2009

L'univers des formes...


"Sans doute, un jour, 
devant les étendues arides ou reconquises par la forêt, 
nul ne devinera plus ce que l'homme avait imposé d'intelligence aux formes de la terre en dressant les pierres de Florence dans le grand balancement des oliviers toscans."
André Malraux - Les Voix du silence

mardi 10 juin 2008

Malraux and Co... 3

Il me revient ce matin cette phrase qu'André Malraux inscrivait dans "Le Temps du Mépris" à propos de l'art : "Mais on peut aimer que le sens du mot “art” soit tenter de donner conscience aux hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux."
Ce qui s'applique à l'art pour Malraux pourrait très bien s'appliquer aux relations humaines et plus particulièrement à l'amitié vécue et éprouvée. Je parle ici de la véritable amitié et non de ce répugnant frelatage qui fait employer les mots "ami" et "amitié" à tord et à travers.
"Je prend le thé avec des amies", "Nos amis viennent prendre l'apéritif..."
Voilà qui ressemble plutôt à de médiocres petits arrangements provenant d'une solitude mal vécue. Se payer de mots n'a jamais construit des relations solides, durables, confiantes. C'est s'illusionner sur soi et sur les autres. C'est vivre dans un cauchemar permanent puisque dès que les yeux s'ouvrent, la réalité apparaît avec violence. C'est sans doute pour cette raison que certains ont choisi de ne jamais ouvrir les yeux ! Et de vivre dans un rabaissement permanent, se rabaissant eux mêmes, et rabaissant les autres. C'est sans doute ce que l'on nomme le sens de l'antithèse !
"Donner conscience aux hommes de la grandeur qu'ils ignorent en eux..." Belle et noble mission ! La vie y suffira-t-elle ?
Afin d'attendrir un peu le propos précédent, voici une autre citation de Malraux, tirée cette fois de "l'Espoir" : "L'amitié, dit-il, ce n'est pas d'être avec ses amis quand ils ont raison, c'est d'être avec eux même quand ils ont tort..."
Communion et compassion, exigence et compréhension.
Belle journée !

dimanche 11 mai 2008

Aimer...

Qui nous parlera de fraternité ? Qui osera un jour la vivre avec toutes les implications que cela comporte ?
Qui pourra un jour embrasser la réalité humaine dans toutes ses dimensions sans détourner son regard, sans que le dégoût lui emplisse la bouche, sans que l'illusion l'aveugle ?
Aimer. La seule chose nécessaire. La seule qui vaille la peine. La seule qui prolonge le regard. La seule qui donne vie.
Aimer. Le seul moyen qui permette de traverser la souffrance et l'épreuve. Le seul qui permette de surmonter la facilité apparente (qu'elle soit désirée ou non). Le seul qui ait en son coeur la clef ultime de toute énigme.
Que celui qui me dise que ce ne sont que des paroles garde le silence, il ne saurait pas ce qu'il dit (cela vous rappelle quelque chose n'est ce pas ? C'était sur la croix...).
Il me revient en cette fin de journée la belle parole d'Edith Stein (en religion Thérèse Bénédicte de la Croix), si vraie, si simple. Je me la redis souvent lorsque le courage baisse ou lorsque la jauge est haute. Elle m'aide, cette parole, à prendre un juste recul et à lancer mes pauvres forces dans ce qu'il y a à vivre sans retenir jalousement ce qui semble m'appartenir : "Ce que peuvent prendre les hommes, lâche le. Ouvre les mains et serre la croix : elle t'emporte ensuite dans la lumière éternelle."
Et cette autre parole, pas si éloignée à dire vrai, tirée de l'espoir d'André Malraux :
"Il buta sur une autre pierre : la place était couverte de pavés comme par un bombardement. Sa voix changea.
- Je sais bien que nos catholiques sérieux pensent qu’il faut mettre tout ça au point ! Le Fils de Dieu est venu sur terre afin de parler pour ne rien dire. La souffrance lui a un peu fait perdre la raison ; depuis le temps qu’il est sur la croix, n’est-ce pas...
“Dieu seul connaît les épreuves qu’il imposera au sacerdoce ; mais je crois qu’il faut que le sacerdoce redevienne difficile...”
Et, après une seconde :
- Comme peut-être la vie de chaque chrétien..."

Restons en là pour ce soir...
Belle nuit dans la paix !

vendredi 2 mai 2008

Malraux and Co... 2

"Il avait attendu jadis une première communion fervente, arrêtant le curé de Reichbach chargé de l’Hostie pour s’accuser d’un péché oublié à la confession de la veille (ce n’est rien mon petit Vincent : trois actes de contrition et trois Avé...). Au lieu d’un bouleversement, il n’avait trouvé que son attente. Ce soir, comme alors, il se sentait libre, -d’une liberté poignante qui ne se distinguait pas de l’abandon.” “Noyers de l’Altemburg” (1948).
La foi n’est pas le bouleversement qu’attendait ce personnage. Il y a chez Malraux, la hantise des prières non exaucées, le paradoxe “de la nuit des sens et de l’esprit” propre à toute vie religieuse. La foi est une démarche née de l’amour, elle est confiance dans le don. Or, les personnages de Malraux n’ont jamais, semble-t-il appréhendé cette dimension de la foi parce que l’amour fit cruellement défaut dans leur vie. C’est pourquoi l’expérience chrétienne culminait chez eux dans le sentiment de la solitude et la “foi dans la tension d’une volonté vigilante, reposant sur le néant intérieur.”
La question d’une transcendance donnant à la vie de l’homme tout son sens est au centre de la vie et de l’oeuvre d’André Malraux. Toutefois jamais le christianisme ne viendra éclairer franchement cette énigme, ce n’est pourtant pas faute d’un violent intérêt. Ainsi dans “Les Antimémoires” :
“ Car Dieu n’a pas envoyé son Fils pour juger le monde, mais pour le sauver”. Seul devant la mort, je rencontrais cette assistance millénaire qui avait enveloppé tant de désespoirs comme le Jugement roulerait tant de sépulcres, “Seigneur assistez-nous dans notre agonie...” Mais la foi, c’est croire ; j’admirais la rumeur chrétienne qui avait couvert cette terre sur laquelle je serai sans doute bientôt couché - je ne la croyait pas. Dans quel texte oriental avais-je lu : “le sens du monde est aussi inaccessible à l’homme que la conduite des chars des rois aux scorpions qu’ils écrasent” ? Tout se passait comme si ma valeur suprême eût été la Vérité - et pourtant, que m’importait cette nuit, la Vérité ?
Par ailleurs, Malraux ne situe pas le christianisme dans une chronologie, dans l’évolution des religions. Il est ailleurs.
“Je puis aller à Bénarès, à la Mecque ou en tout autre lieu saint sans aucune gêne. Mais Jérusalem c’est bien autre chose... Aller à Jérusalem impliquerait que j’aille à Gethsémanie... et là il me faudrait prononcer les paroles du Christ...”
Quand Malraux se trouve face à la souffrance intolérable, au néant c’est toujours la fraternité qui prend le dessus, non sans un regard sur le crucifié. Il n’est pas un adepte des thèses proclamant l’histoire comme émergence de la raison victorieuse, la science comme triomphant des énigmes et donnant le pouvoir absolu. Elles furent pour Malraux, les illusions du monde moderne. Malgré l’effondrement de ces illusion, l’homme reste une énigme. La science ne saurait être cette ouverture au mystère puisqu’elle se tient dans le domaine de l’aléatoire. Dans “Lazare” Malraux fait dire à un professeur de la Salpétrière :
“Avec l’évolution, pour la première fois, une explication du monde n’en apporte pas la signification.”
Depuis toujours Malraux a donc posé l’impossibilité de communication entre la transcendance et notre connaissance. La transcendance n’est pas niée. Sans sa possibilité, l’homme existerait-il ? Il semblerait donc que le propre de Malraux s’inscrit dans l’espace agnostique où rien n’est affirmé, mais où tout est en question. Il représente la brèche, presque la clef d’une délivrance.
L’autre brèche est l’action. Sans doute l’action révolutionnaire donne-t-elle le sentiment d’une unité de la personnalité et d’une maîtrise de son sort. Mais elle peut être également fuite éperdue. Cette action se vit dans la fraternité. Et lorsque la mort s’approche, c’est cette même fraternité qui vient fermer les yeux ou faire cortège à celui qui est tombé.
Qu’avec un sourire obscur reparaisse le mystère de l’homme, et la résurrection de la terre n’est plus qu’un décor frémissant. Très tôt, Malraux a senti le caractère collectif d’une vie humaine. La Résistance en est une illustration. Pour lui le courage et la fraternité continueront de défier la mort.
Et comme Malraux le disait lui même dans l'Espoir : "Dieu n’est pas fait pour être mis dans le jeu des hommes comme un ciboire dans la poche d’un voleur”.
Belle journée !

mardi 15 avril 2008

Malraux and Co...

Une amie expatriée en Bretagne m'a fait remarquer il y a peu qu'aucun billet de ce blog n'était encore consacré à André Malraux. Elle sait combien le grand homme est important pour moi puisque je l'ai traînée au Panthéon le lendemain de son entrée avec force précisions sur la biographie de l'écrivain ministre.
Découvert durant mon service militaire (tout arrive), et grâce à la lecture des Antimémoires, Malraux m'a rapidement captivé par ses phrases (que l'on entend en même temps qu'on les lit), la facilité avec laquelle il rapproche des images, des civilisations, des oeuvres d'art.
Cet agnostique (un agnostique comblé de grâces selon Mgr Bockel) ne cessa jamais de se poser la question du sacré, des mythes, sur "la présence d'un autre monde (...) un au-delà présent", sur "ce qui a créé les formes victorieuses de l'apparence (...) ce qui est au-delà de tout concret". Il le fit entre autres par le biais de l'art : "On peut aimer que le sens du mot art soit tenter de donner conscience à des hommes de la grandeur qu'ils ignorent en eux". (in Le Temps du Mépris)
Je laisse la parole à un de ses contemporain François Mauriac qui écrivait dans son Bloc Notes (Tome 2, page 138, Points Seuil) :
« Et aujourd’hui parmi les vivants, l’une des œuvres les plus hautes, celle de Malraux, est née il me semble, de l’engagement d’un jeune être dans ce combat spirituel et sanglant, qui oppose à la fois les corps et les esprits. Certes une œuvre comme la sienne transcende la politique ; il n’empêche que la politique pénètre la condition humaine au point que c’est se condamner au néant, et singulièrement pour un romancier, que de prétendre l’ignorer. »
Et j'oubliais le Général...

Belle journée !