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mardi 17 décembre 2019

Bouh !

Se vanter de ce qu'on n'a pas fait ou d'avoir obtenu ce dont on ne fut pas bénéficiaire me paraît à ranger au nombre des faiblesses les plus méprisables. En effet, ne se manifester qu'avec en tête l'unique désir de tromper autrui à son avantage relève d'une bassesse mentale et de coeur bien tristement concluante. Tout vantard ne peut être que foncièrement médiocre, et donc, à éliminer de son champ.
Michel Ciry. 
Journal. 24 février 1983

samedi 23 février 2008

François Mauriac présente Michel Ciry

Vous vous souvenez peut être d'une gravure de Michel Ciry représentant le Christ (message du 29 décembre 2007). Elle fut la propriété de François Mauriac qui nous en dit un peu plus sur cet artiste atypique. La Stabat Mater illustrant ce message est de lui.

"Michel Ciry aura traversé son époque sans en subir la contagion.
Il est demeuré fidèle au visage humain.
Picasso n’a rien détruit pour ceux qui croient en l’âme humaine. La créature qu’il a génialement disloquée, se reconstruit autour de l’âme et les traits du visage déshonoré retrouvent leur place éternelle.
Michel Ciry est le peintre d’une certaine solitude qui atteint son expression dernière dans la vieillesse, dans le dernier âge, mais non d’une solitude sans recours. Je possède à Malagar une Sainte face : le Christ tel qu’il le voit, et tel qu’il nous le montre, est un homme entre les hommes : c’est un visage ordinaire qui ne se distingue pas du nôtre. La divinité rayonne pourtant autour de cette pauvre figure pareille à beaucoup de celles que nous croisons dans la rue.
Il n’est pas de portrait, de paysage, de nature morte dans l’œuvre de Michel Ciry, que la même présence n’anime sourdement, et c’est ce qui la rend si singulière dans ce monde que la mort de Dieu, proclamée par Nietzsche, condamne à l’abstrait, et qui ne hait peut-être la figure de l’homme, que parce qu’elle lui rappelle cette âme qu’il a perdue."

François Mauriac

Belle journée !

samedi 29 décembre 2007

Le Christ et Mauriac, Mauriac et le Christ...

Durant l'octave de Noël, voici une belle citation de François Mauriac éclairant une gravure qui se trouve dans son cabinet de travail, à Malagar : "Dans mon cabinet de Malagar, un visage d'homme dessiné par Michel Ciry me regarde, et je ne sais si ce regard qu'il arrête sur moi me condamne ou me pardonne. Car c'est homme est le Christ, - je le sais, bien qu'il ne ressemble par aucun de ses traits au Fils de Dieu, tel que la tradition l'a imposé aux sculpteurs et aux peintres, de siècle en siècle. Il ne rappelle surtout pas le Christ glorieux de Byzance et du saint suaire de Turin. C'est un être chétif, aux cheveux incultes, ramenés sur un front qui rappelle celui de Charles Péguy. Ses joues creuses, qu'un peu de barbe recouvre, ont été souffletés et ont reçu des crachats. Le regard de ce pauvre est arrêté sur moi dans mon cabinet modeste, mais où tout a été réuni pour l'isolement, pour le repos à l'abri des autres. Je me suis voulu séparé, coupé de mes frères, c'est ce que ce cabinet signifie.
J'interroge ce condamné, triste par delà la mort, qui ne ressemble à aucun autre et que Michel Ciry a dessiné peut-être sans savoir qu'à travers lui le Christ se manifesterait tel qu'il a voulu se montrer à moi, non pas en juge, du moins je ne le crois pas, - mais peut-être a-t-il voulu me rendre évidente, écrasante, la contradiction de ma vie. (...)
Mais enfin cet homme qui me regarde, ce condamné, ce hors-la-loi, a été reproduit, ou plutôt a revécu trait pour trait dans d'innombrables vies. Je me demande s'il n'y a rien de plus beau dans la liturgie que la litanie des saints. J'en ajoute chaque année à la liste de ceux que j'invoque le matin et le soir. L'homme est une créature capable de Dieu, capable du Christ. Qu'il vive en nous, ce ne serait pas assez dire, mais que nous soyons Lui comme Il est nous, c'est cela la merveille."

François Mauriac in Nouveaux Mémoires Intérieurs. Gallimard Pléiade, pp 777 et 779.
Belle journée !