A l'entrée de la plus belle semaine du Temps Liturgique, voici quelques jalons pour un chemin de lumière...
Dimanche des Rameaux
Le nom exact de ce dimanche précédant Pâques et qui ouvre donc la semaine sainte est
«Dimanche des Rameaux et de la Passion».

On y lit en effet l'évangile de l'entrée de Jésus à Jérusalem (avec les foules qui agitent des branchages pour l'acclamer) et le long récit de la Passion. Les rameaux et la Passion... un couple indissociable !
Les rameaux sans la Passion, ce serait risquer de tomber dans la superstition en attribuant des pouvoirs quasi magiques à de simples feuillages. Ce serait surtout se méprendre sur la royauté de Jésus : Jésus n'est vraiment roi que sur la croix... lorsqu'il est dépouillé de tout et, par amour, fait le don suprême de sa vie.
Mais la Passion sans les rameaux, ce n'est guère mieux ! Ce serait en effet se complaire de manière malsaine dans la douleur. Ce ne sont pas les souffrances du Christ qui nous sauvent, mais c'est l'amour qu'elles révèlent qui nous sauve. La croix du Christ n'est notre fierté que parce qu'il est vraiment le Seigneur Ressuscité. Son chemin, même difficile, est bonne nouvelle parce qu'il ne s'est pas arrêté au Golgotha.
Jeudi saint
Rétablie en 1955, la célébration du jeudi saint commémore la Cène du Seigneur.
La première lecture rappelle le rituel de la pâque juive (Ex 12,1-14) et la seconde l'institution de l'eucharistie par Jésus, telle que Saint Paul la raconte (1 Co 11,23-26). La célébration s'achève par un temps d'adoration silencieuse devant le reposoir où l'on a conduit les hosties consacrées en grand nombre (pas de messe et donc de consécration au cours de la célébration du lendemain).
Fête de l'eucharistie, fête des prêtres, le jeudi saint peut être tout autant considéré comme la fête des diacres, ne serait-ce qu'à cause de l'évangile qui est lu ce soir-là et qui nous fait revivre en effet le geste surprenant de Jésus s'agenouillant devant ses disciples pour leur laver les pieds (Jn 13,1-15).
Ex 12,1-14
1 Cor 11,23-26
Jn 13,1-15
Messe chrismale
Du grec «chrisma» (onction). Il s'agit de la messe, célébrée pendant la Semaine Sainte, au cours de laquelle l'évêque, entouré de son presbyterium, bénit les huiles qui vont servir dans toutes les paroisses du diocèse pour les diverses célébrations de l'année à venir: l'huile des catéchumènes, le saint-chrême pour les baptêmes, confirmations et ordinations, l'huile des malades.
Vendredi saint
C'est, pour l'Église, le jour anniversaire de la mort du Christ, sur une croix, aux portes de Jérusalem, un événement que la majorité des historiens situe le 7 avril de l'an 30.
Cette journée de deuil et de jeûne est marquée habituellement à 15 heures par un chemin de croix et en soirée par un office de la Passion.
L'office du soir comporte quatre éléments: des lectures bibliques avec notamment le long récit de la Passion, une grande prière universelle pour l'Église et pour le monde (Jésus est mort pour sauver tous les hommes), un déplacement des fidèles invités à venir vénérer la croix (signe de cet Amour qui va jusqu'au bout, jusqu'à donner sa vie), enfin la communion (avec les hosties consacrées la veille, puisqu'on ne célèbre l'eucharistie ni le Vendredi saint ni le Samedi saint).
Pâques
La fête des fêtes !

On y célèbre ce qui est au cœur de la foi chrétienne: Jésus de Nazareth, que beaucoup ont pu voir crucifié aux portes de Jérusalem en ce 7 avril de l'an 30, est ressuscité, présent à son Église jusqu'à la fin du monde (Mt 28,20). Il ouvre pour les croyants une porte que nul ne saurait fermer (Ap 3,7), les sauvant de la mort et du péché. La joie de Pâques éclate dans la nuit avec la grande et belle vigile pascale (au cours de laquelle les catéchumènes sont baptisés) et se prolonge avec le carillon des cloches. Une seule ombre à cette lumineuse festivité : pour des raisons de susceptibilité aussi mesquines que ridicules, les chrétiens d'Orient et d'Occident n'ont toujours pas réussi à accorder leurs calendriers respectifs pour fêter Pâques ensemble.
Mt 28,20
Ap 3,7
Passion
A chaque eucharistie, les chrétiens font mention du Christ et «de sa Passion qui nous sauve». La Passion du Christ désigne ici ses souffrances et le sacrifice qu'il fait de sa vie (1 P 1,10-11; Jn 10,18), mais plus encore l'amour que suppose l'acceptation de ces souffrances: passionné de Dieu et des hommes, Jésus les aima «jusqu'au bout» (Jn 13,1).
1 P 1,10-11
Jn 10,18
Jn 13,1
Résurrection
Affirmation centrale de la foi chrétienne selon laquelle Jésus de Nazareth, crucifié à Jérusalem probablement le 7 avril de l'an 30, n'est pas resté prisonnier de la mort mais s'est donné à voir, vivant, à ses disciples, au matin de Pâques puis en de multiples circonstances. St Paul dresse une liste de ces apparitions en 1 Co 15,3-8.
La résurrection du Christ n'est pas la simple réanimation d'un cadavre (comme la résurrection de Lazare racontée en Jn 11), mais un événement unique dans l'histoire de toute l'humanité, la brèche par laquelle Jésus ouvre aux croyants les portes du Royaume éternel. Faisant éclater les catégories habituelles de l'espace et du temps, cette résurrection est irreprésentable: les évangiles ne nous montrent d'ailleurs jamais Jésus en train de ressusciter, mais nous mettent face à une parole - Christ est ressuscité ! - et à un signe en creux, le tombeau vide.
Au sens étroit du terme, le mot «résurrection», qui évoque le passage de la position couchée à la position debout ou du sommeil au réveil, n'épuise pas l'ensemble des images par lesquelles les évangélistes tentent d'exprimer ce qui est advenu à Jésus de Nazareth: il en existe d'autres, notamment celle de l'«exaltation» ou de la «glorification» (Ac 3,13; Ph 2,6-11; 1 Tm 3,16).
Notons enfin que si la résurrection du Christ permet à ses disciples d'espérer la leur, il ne convient pas de confondre cette perspective avec la croyance en la réincarnation empruntée à un tout autre univers culturel et religieux.
1 Co 15,3-8
Jn 11
Ac 3,13
Ph 2,6-11
1 Tm 3,16
Vigile pascale
Pendant les premières années du christianisme, toutes proches encore de l'événement, la communauté célébrait le Christ Ressuscité chaque lendemain de sabbat, appelé dès lors «dies-dominica» (di-manche), jour du Seigneur ressuscité. Elle se rassemblait de nuit et veillait jusqu'à l'aube, pensant que le Christ reviendrait comme il était ressuscité, à l'aube d'un dimanche.
Très vite, et peut-être dès la fin du premier siècle (Paul a déjà christianisé la Pâque juive, 1 Co 5,7 sv.), la nuit de Pâques est célébrée avec plus d'éclat (la dispute pour en fixer la date remonte au milieu du 2e siècle). Saint Augustin l'appelle «la mère de toutes les veillées».
Malheureusement, un certain sens liturgique se perdit au fil des siècles, au point qu'on en vint à certaines époques, pour des raisons de commodité ou d'obscures règles de jeûne, à célébrer cette veillée nocturne en plein jour!
Le décret de Pie XII, du 9 février 1951, restaurant la liturgie antique de la Veillée nocturne, peut donc être considéré comme l'heureux aboutissement d'un long effort liturgique et le point de départ de la réforme conciliaire renouvelant la liturgie en son entier.
La veillée ou vigile pascale comporte quatre qrands moments : la liturgie du feu (souvent sur le parvis de l'église) au cours de laquelle est inauguré le nouveau cierge pascal, une longue liturgie de la Parole rappelant quelques-unes des principales interventions de Dieu dans l'histoire du monde et d'Israël en particulier, la liturgie de l'eau (c'est à ce moment que les catéchumènes reçoivent le baptême et que tous les baptisés sont invités à renouveler la profession de foi de leur baptême), puis la liturgie eucharistique.