Affichage des articles dont le libellé est Péguy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Péguy. Afficher tous les articles

lundi 16 mars 2020

La foi que j'aime le mieux...

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ».
Charles Péguy

jeudi 1 novembre 2018

Elévation

Toutes les soumissions du monde ne valent pas le point d'élancement, le bel élancement droit d'une seule invocation, d'un libre amour.
Quand Saint Louis m'aime, dit Dieu, je suis sûr, je sais de quoi on parle.
C'est un homme libre, c'est un libre baron de l'Ile de France.
Quand Saint Louis m'aime, je sais, je connais ce que c'est que d'être aimé.
Charles Péguy
in Le mystère des Saints innocents

mercredi 5 novembre 2014

Prière à Marie

Il y a des jours où les patrons et les saints ne suffisent pas. 
Alors il faut prendre son courage à deux mains. 
Et s'adresser directement à celle qui est au-dessus de tout. 
Être hardi. Une fois. 
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment belle.
Parce qu'aussi elle est infiniment bonne.
 

À celle qui intercède. 
La seule qui puisse parler de l'autorité d'une mère. 
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment pure. 
Parce qu'aussi elle est infiniment douce. (...)
À celle qui est infiniment riche. 
Parce qu'aussi elle est infiniment pauvre. 
À celle qui est infiniment haute. 
Parce qu'aussi elle est infiniment descendante. 
À celle qui est infiniment grande. 
Parce qu'aussi elle est infiniment petite. 
Infiniment humble. 
Une jeune mère. 
 

À celle qui est infiniment jeune. 
Parce qu'aussi elle est infiniment mère. (...)
À celle qui est infiniment joyeuse. 
Parce qu'aussi elle est infiniment douloureuse. (...) 
À celle qui est infiniment touchante. 
Parce qu'aussi elle est infiniment touchée. 
À celle qui est toute Grandeur et toute Foi. 
Parce qu'aussi elle est toute Charité. (...) 
 

À celle qui est Marie. 
Parce qu'elle est pleine de grâce. 
À celle qui est pleine de grâce. 
Parce qu'elle est avec nous. 
À celle qui est avec nous. 
Parce que le Seigneur est avec elle.
Charles Péguy
in Eve

Il y a quelque chose de pire...

Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n'a jamais vu mouiller ce qui était verni, on n'a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n'a pas vu tremper ce qui était habitué.
 
Les “honnêtes gens” ne mouillent pas à la grâce. C'est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu'on nomme tels, n'ont point de défauts eux-mêmes dans l'armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent pas cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu'est essentiellement le péché. 
Parce qu'ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu'ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu'ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies. C'est parce qu'un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. 
C'est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l'essuya d'un mouchoir. Or celui qui n'est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n'est pas sale ne sera pas essuyé.
Charles Péguy
in "La morale et la Grâce"

mercredi 13 novembre 2013

Etonnement divin...

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance, et je n’en reviens pas.
Cette petite fille qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance, Immortelle.
Car mes trois vertus dit Dieu, les trois vertus mes créatures,


mes filles mes enfants sont-elles-mêmes comme mes autres créatures,
de la race des hommes.
La Foi est une épouse fidèle. La Charité est une mère, une mère
ardente, pleine de cœur, ou une sœur aînée qui est comme une mère.


L’Espérance est une petite fille de rien du tout qui est venue au monde
le jour de Noël de l’année dernière, qui joue avec le bonhomme Janvier (…) 
et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
puisqu’elles sont en bois.


C’est cette petite fille qui traversera les mondes,
cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.


La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs
et on ne prend seulement pas garde à elle.


Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux
du salut, sur la route interminable,
Sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance s'avance
Charles Péguy

jeudi 31 janvier 2013

La petite fille espérance...


La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.
La foi, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant.
J’éclate tellement dans ma création.
Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne. 
Ça c’est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe
et qu’ils croient que demain ça ira mieux, qu’ils voient comment ça se passe
aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin.
Ça c’est étonnant et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce.


Et j’en suis étonné moi-même.
Il faut, en effet, que ma grâce soit d’une force incroyable, et qu’elle coule
d’une source et comme un fleuve inépuisable.
La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs, et on ne prend
seulement pas garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur
le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses
deux sœurs, la petite espérance s’avance.
C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la foi ne voit que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La charité n’aime que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La foi voit ce qui est dans le temps et l’éternité.
L’espérance voit ce qui sera dans le temps et l’éternité.
Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité même.
Charles Péguy

lundi 16 mai 2011

Mois de Marie

Il y a des jours où les patrons et les saints ne suffisent pas.
Alors il faut prendre son courage à deux mains.
Et s'adresser directement à celle qui est au-dessus de tout.
Être hardi. Une fois.
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment belle.
Parce qu'aussi elle est infiniment bonne.
À celle qui intercède.
La seule qui puisse parler de l'autorité d'une mère.
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment pure.
Parce qu'aussi elle est infiniment douce. [...]

À celle qui est infiniment riche.
Parce qu'aussi elle est infiniment pauvre.
À celle qui est infiniment haute.
Parce qu'aussi elle est infiniment descendante.
À celle qui est infiniment grande.
Parce qu'aussi elle est infiniment petite.
Infiniment humble.
Une jeune mère.
À celle qui est infiniment jeune.
Parce qu'aussi elle est infiniment mère. [...]

À celle qui est infiniment joyeuse.
Parce qu'aussi elle est infiniment douloureuse.
[...]
À celle qui est infiniment touchante.
Parce qu'aussi elle est infiniment touchée.
À celle qui est toute Grandeur et toute Foi.
Parce qu'aussi elle est toute Charité.
[...]
À celle qui est Marie.
Parce qu'elle est pleine de grâce.
À celle qui est pleine de grâce.
Parce qu'elle est avec nous.
À celle qui est avec nous.
Parce que le Seigneur est avec elle.

Charles Péguy
(Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu, extraits.)

jeudi 25 mars 2010

Pensée du jour...


"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite.
Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme; et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite.
Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme perverse. C'est d'avoir une âme habituée.
On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse, et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n'a pas vu mouiller ce qui était verni, on n'a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n'a pas vu tremper ce qui était habitué." (...)

Charles Péguy in Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne. 1935