Affichage des articles dont le libellé est Benoît XVI. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Benoît XVI. Afficher tous les articles

vendredi 6 janvier 2023

Homélie du Pape François aux obsèques de Benoît XVI

 « Père, entre tes mains je remets mon esprit » ( Lc 23, 46). Ce sont les dernières paroles que le Seigneur a prononcées sur la croix ; son dernier soupir - pourrait-on dire -, qui confirme ce qui a caractérisé toute sa vie : une permanente remise de soi entre les mains de son Père. Des mains de pardon et de compassion, de guérison et de miséricorde, des mains d’onction et de bénédiction qui le poussèrent à se livrer aussi aux mains de ses frères. Le Seigneur, ouvert aux histoires qu’il rencontrait sur son chemin, s’est laissé ciseler par la volonté de Dieu en prenant sur ses épaules toutes les conséquences et les difficultés de l’Évangile, jusqu’à voir ses mains meurtries par amour : « Vois mes mains », dit-il à Thomas ( Jn 20, 27), et il le dit à chacun de nous, « Vois mes mains ». Des mains meurtries qui vont à la rencontre et ne cessent de s’offrir, afin que nous connaissions l’amour que Dieu a pour nous et que nous croyions en lui (cf. 1 Jn 4, 16) [1].


« Père, entre tes mains je remets mon esprit » est l’invitation et le programme de vie qui inspire et veut modeler comme un potier (cf. Is 29, 16) le cœur du pasteur, jusqu’à ce que palpitent en lui les mêmes sentiments que ceux du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). Dévouement reconnaissant de service au Seigneur et à son Peuple qui naît du fait d’avoir accueilli un don totalement gratuit : : “Tu m’appartiens... Tu leur appartiens”, susurre le Seigneur ; “Tu es sous la protection de mes mains, sous la protection de mon coeur. Reste dans le creux de mes mains et donne-moi les tiennes” [2]. C'est la condescendance de Dieu et sa proximité capable de se placer dans les mains fragiles de ses disciples pour nourrir son peuple et dire avec lui : prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, mon corps qui s’offre pour vous (cf. Lc 22, 19). La synkatabasis totale de Dieu .

Un dévouement priant, qui se façonne et s’affine silencieusement entre les carrefours et les contradictions que le pasteur doit affronter (cf. 1 P 1, 6-7) et l’invitation confiante à paître le troupeau (cf. Jn 21, 17). Comme le Maître, il porte sur ses épaules la fatigue de l’intercession et l’usure de l’onction pour son peuple, surtout là où la bonté doit lutter et où les frères voient leur dignité menacée (cf. He 5, 7-9). Dans cette rencontre d’intercession, le Seigneur continue à générer la douceur capable de comprendre, d’accueillir, d’espérer et de parier au-delà des incompréhensions que cela peut susciter. Une fécondité invisible et insaisissable, qui naît du fait de savoir dans quelles la confiance a été placée (cf. 2 Tm 1, 12). Une confiance priante et adoratrice, capable d’interpréter les actions du pasteur et d’adapter son cœur et ses décisions aux temps de Dieu (cf. Jn 21, 18) : « Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie: donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence » [3].

Et aussi un dévouement soutenu par la consolation de l’Esprit, qui le précède toujours dans la mission : dans la quête passionnée de communiquer la beauté et la joie de l’Évangile (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, n. 57), dans le témoignage fécond de ceux qui, comme Marie, restent de bien des manières au pied de la croix, dans cette paix douloureuse mais solide qui n’agresse ni ne soumet ; et dans l’espérance obstinée mais patiente que le Seigneur accomplira sa promesse, comme il l’avait promis à nos pères et à sa descendance à jamais (cf. Lc 1, 54-55).

Nous aussi, fermement attachés aux dernières paroles du Seigneur et au témoignage qui a marqué sa vie, nous voulons, en tant que communauté ecclésiale, suivre ses traces et confier notre frère aux mains du Père : que ces mains de miséricorde trouvent sa lampe allumée avec l’huile de l’Évangile qu’il a répandue et dont il a témoigné durant sa vie (cf. Mt 25, 6-7).

Saint Grégoire le Grand, à la fin de la Règle pastorale, invite et exhorte un ami à lui offrir cette compagnie spirituelle : « Au milieu des tempêtes de ma vie, je me console par la confiance que tu me tiendras à flot sur la table de tes prières, et que, si le poids de mes fautes m’abat et m’humilie, tu me prêteras le secours de tes mérites pour me relever ». C’est la conscience du pasteur qu’il ne peut pas porter tout seul ce que, en réalité, il ne pourrait jamais supporter tout seul et, par conséquent, il sait s’abandonner à la prière et au soin du peuple qui lui est confié [4]. C’est le peuple fidèle de Dieu qui, rassemblé, accompagne et confie la vie de celui qui a été son pasteur. Comme les femmes de l’Évangile au sépulcre, nous sommes ici avec le parfum de la gratitude et l’onguent de l’espérance pour lui démontrer, encore une fois, l’amour qui ne se perd pas. Nous voulons le faire avec la même onction, sagesse, délicatesse et dévouement qu’il a su prodiguer au cours des années. Nous voulons dire ensemble: “Père, entre tes mains nous remettons son esprit”.

Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix, définitivement et pour toujours !

 


[1] Cf. Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n. 1.

[2] C. ID., Homélie de la Messe Chrismale, 13 avril 2006.

[3] ID., Homélie de la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005.

[4] Ibid.

samedi 31 décembre 2022

Prière

Nous accompagnons de notre prière fervente le pape Benoît XVI décédé ce matin. Et c'est avant tout une action de grâce qui se manifeste pour la lumière de sa foi, sa présence humble, son sourire. Pour son oeuvre théologique, pour son Pontificat et plus simplement pour ce qu'il était et ce qu'il demeure sous le regard de Dieu, merci Seigneur !



mercredi 22 juin 2016

Un texte qui tombe au bon moment...

Souffrir avec l'autre, pour les autres ; souffrir par amour de la vérité et de la justice ; souffrir à cause de l'amour et pour devenir une personne qui aime vraiment – ce sont des éléments fondamentaux d'humanité ; leur abandon détruirait l'homme lui-même. Mais encore une fois surgit la question : en sommes-nous capables ? L'autre est-il suffisamment important pour que je devienne pour lui une personne qui souffre ? La vérité est-elle pour moi si importante pour payer la souffrance ? La promesse de l'amour est-elle si grande pour justifier le don de moi-même ? À la foi chrétienne, dans l'histoire de l'humanité, revient justement ce mérite d'avoir suscité dans l'homme d'une manière nouvelle et à une profondeur nouvelle la capacité de souffrir de la sorte, qui est décisive pour son humanité. La foi chrétienne nous a montré que vérité, justice, amour ne sont pas simplement des
idéaux, mais des réalités de très grande densité. Elle nous a montré en effet que Dieu – la Vérité et l'Amour en personne – a voulu souffrir pour nous et avec nous. Bernard de Clairvaux a forgé l'expression merveilleuse : Impassibilis est Deus, sed non incompassibilis, Dieu ne peut pas souffrir, mais il peut compatir. L'homme a pour Dieu une valeur si grande que Lui-même s'est fait homme pour pouvoir compatir avec l'homme de manière très réelle, dans la chair et le sang, comme cela nous est montré dans le récit de la Passion de Jésus. De là, dans toute souffrance humaine est entré quelqu'un qui partage la souffrance et la patience ; de là se répand dans toute souffrance la consolatio ; la consolation de l'amour qui vient de Dieu et ainsi surgit l'étoile de l'espérance. Certainement, dans nos multiples souffrances et épreuves nous avons toujours besoin aussi de nos petites ou de nos grandes espérances – d'une visite bienveillante, de la guérison des blessures internes et externes, de la solution positive d'une crise, et ainsi de suite. Dans les petites épreuves, ces formes d'espérance peuvent aussi être suffisantes. Mais dans les épreuves vraiment lourdes, où je dois faire mienne la décision définitive de placer la vérité avant le bien-être, la carrière, la possession, la certitude de la véritable, de la grande espérance, dont nous avons parlé, devient nécessaire. Pour cela nous avons aussi besoin de témoins, de martyrs, qui se sont totalement donnés, pour qu'ils puissent nous le montrer – jour après jour. Nous en avons besoin pour préférer, même dans les petits choix de la vie quotidienne, le bien à la commodité – sachant que c'est justement ainsi que nous vivons vraiment notre vie. Disons-le encore une fois : la capacité de souffrir par amour de la vérité est la mesure de l'humanité ; cependant, cette capacité de souffrir dépend du genre et de la mesure de l'espérance que nous portons en nous et sur laquelle nous construisons. Les saints ont pu parcourir le grand chemin de l'être-homme à la façon dont le Christ l'a parcouru avant nous, parce qu'ils étaient remplis de la grande espérance.
Benoît XVI
Spe Salvi n° 39

mardi 11 février 2014

En images...


Départ...

J'aimais bien ce dessin aussi...


"Je serai simplement un pélerin qui commence la dernière étape de son pèlerinage sur Terre" 
Sa Sainteté Benoît XVI, Pape émérite

Il y a un an...

... le pape Benoît XVI renonçait au ministère d'Evêque de Rome devant les cardinaux réunis en consistoire en ces termes :

Frères très chers,
Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle,  doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du  28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.
Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Pères Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière.
BENEDICTUS PP XVI


Du courage, de l'humilité, un amour de la Vérité. Une volonté de service qui laisse toute la place au Christ.
L'insistance du Pape François sur la lutte contre la mondanité spirituelle trouve en son prédécesseur une illustration particulièrement lumineuse...
Prenons en de la graine !
Merci Saint Père !


samedi 23 mars 2013

Rencontre historique...


 ... et fraternelle




Pape François : "On m'a dit qu'elle [l'icone] s’appelait Notre Dame de l'Humilité"
Pape Benoît XVI : "... de l'humilité, comme c'est beau"
Pape François : "Et laissez moi vous dire quelque chose : J'ai pensé à toi" 



Rencontre à Castelgondolfo...

dimanche 3 mars 2013

Derniers mots...


Je ne suis plus le Souverain Pontife de l’Église catholique, ou plutôt je ne le serai plus après huit heures. Je suis simplement un pèlerin qui entame la dernière étape de son voyage terrestre. Avec mon cœur et tout mon amour, avec ma prière et ma réflexion, et de toutes mes forces intérieures, je désire œuvrer pour le bien commun, le bien commun de l’Église et de l’humanité. En cela, je me sens fortement soutenu par votre sympathie. Allons de l’avant en compagnie du Seigneur pour le bien de l’Église et du monde.
Benoît XVI

vendredi 1 mars 2013

jeudi 28 février 2013

mercredi 27 février 2013

Dernière audience publique Place St Pierre...

Chers frères et sœurs,
En ce moment, je voudrais surtout rendre grâce à Dieu qui guide et fait grandir l’Église, qui sème sa Parole et nourrit ainsi la foi de son peuple. Je remercie toutes les personnes qui, avec générosité, m’ont aidé et m’ont été proches durant mon pontificat. Ces derniers mois, j’ai senti que mes forces avaient diminué et j’ai demandé à Dieu de m’éclairer pour prendre la juste décision pour le bien de l’Église. Je vous remercie pour le respect et la compréhension avec lesquels vous l’avez accueillie. Je continuerai à accompagner le chemin de l’Église par la prière et la réflexion. En cette Année de la foije vous invite à renouveler votre ferme confiance dans le Seigneur et à vous sentir aimés de Dieu qui nous a montré son amour infini. Il guide et soutient toujours son Église. Ne perdons jamais de vue cette vision de foi ! Que votre cœur soit rempli de la joyeuse certitude que le Seigneur est proche de nous et qu’il nous accompagne de son amour !
* * *

Je vous salue cordialement chers pèlerins de langue française, en particulier les personnes venant de France, de Belgique et des pays francophones qui ont voulu m’accompagner en étant présentes ici ou par la radio et la télévision. Je vous demande de vous souvenir de moi devant Dieu et de prier pour les Cardinaux appelés à élire un nouveau Successeur de l’Apôtre Pierre. Priez aussi pour que le Seigneur l’accompagne de la lumière et de la force de son Esprit ! Que Dieu vous bénisse ! Merci.
Benoît XVI

dimanche 24 février 2013

Dernier angélus de Benoît XVI

Chers frères et sœurs,
Le deuxième dimanche de Carême, la liturgie nous présente toujours l’Evangile de la Transfiguration du Seigneur. L’évangéliste Luc met l’accent sur le fait que Jésus se transfigura au moment où il priait : cette expérience fut une expérience d’échanges profonds avec le Père, durant une sorte de retraite spirituelle que Jésus a vécu sur une haute montagne en compagnie de Pierre, Jacques et Jean, les trois disciples toujours présents dans les moments de la manifestation divine du Maître (Lc 5,10; 8,51; 9,28). Le Seigneur qui venait de leur annoncer sa mort et sa résurrection (9,22), offre aux disciples une anticipation de sa gloire. Et dans la Transfiguration aussi, comme dans le baptême, résonne la voix du Père céleste: « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le ! » (9,35).


La présence ensuite de Moïse et d’Elie, qui représentent la Loi et les Prophètes de l’ancienne Alliance, est tout aussi significative: toute l’histoire de l’Alliance est tournée vers Lui, le Christ, qui accomplit un nouvel « exode » (9,31), non pas vers la terre promise, comme au temps de Moïse, mais vers le Ciel. L’intervention de Pierre : « Maître, il est heureux que nous soyons ici! » (9,33) représente l’impossible tentative d’arrêter cette expérience mystique. Saint Augustin commente: « [Pierre]…sur la montagne …avait le Christ comme nourriture de l’âme. Pourquoi aurait-il dû descendre et retourner à ses peines et à ses souffrances, alors que là-haut il était plein de sentiments d’un saint amour envers Dieu et que ceux-ci lui inspiraient une sainte conduite?» (Discours 78,3).
En méditant ce passage de l’Evangile, nous pouvons tirer un enseignement très important. Toute d’abord, la primauté de la prière, sans laquelle tout les efforts d’apostolat et de charité se réduisent à de l’activisme. En ce Carême, apprenons à donner le temps qu’il faut à la prière, personnelle et communautaire, qui donne du souffle à notre vie spirituelle. Par ailleurs, prier n’est pas s’isoler du monde et des ses contradictions, comme Pierre aurait voulu faire sur le mont Thabor, la prière remet sur le chemin, ramène à l’action. « L’existence chrétienne – ai-je écrit dans le Message pour ce Carême – consiste en une ascension continue du mont de la rencontre avec Dieu pour ensuite redescendre, en portant l’amour et la force qui en dérivent, de manière à servir nos frères et sœurs avec le même amour que Dieu » (n. 3).
Chers frères et sœurs, cette parole de Dieu je sens qu’elle s’adresse à moi tout particulièrement, en ce moment de ma vie. Le Seigneur m’appelle à « monter sur la montagne », à me consacrer encore plus à la prière et à la méditation. Mais cela ne signifie pas abandonner l’Eglise, en fait si Dieu me le demande c’est précisément pour que je puisse continuer à la servir, avec ce même dévouement et ce même amour dont j'ai fait preuve jusqu’à présent, mais de manière plus adaptée à mon âge et à mes forces. Prions l’intercession de la Vierge Marie : qu’elle nous aide tous à suivre toujours le Seigneur Jésus, dans la prière et la charité active.

mercredi 13 février 2013

mardi 12 février 2013

A propos du départ...

Bel article de Christian Vaneste. Simplement, je vous le partage...
"C’est peu dire que l’annonce de la renonciation de Benoît XVI à son pontificat m’a touché. Je trouve dans cette décision insolite une parfaite cohérence avec la personnalité extraordinaire du Pape. Comment un homme d’une intelligence et d’une culture si peu communes avait-il fait pour rester si simple, si humble ? Comment un esprit aussi vaste pouvait-il faire preuve d’une pareille écoute à l’égard de tous ? Aujourd’hui, c’est aussi avec la même humilité qu’il avoue ne plus avoir la force de remplir sa mission, ne pas vouloir être un champion de la foi qui laisserait peut-être une grande image dans l’Histoire, mais rendrait un mauvais service à l’Église. Il ne pouvait plus clairement indiquer que l’important était ce qu’il faisait au nom des autres et pour les autres et non qui il était, le successeur de Saint Pierre, le Serviteur de Dieu, mais rien de plus.
Or, cet homme aura marqué l’Église catholique comme peu avant lui, et cela même avant son élection. Simplement, son travail a porté davantage sur les racines que sur le feuillage ou la décoration de l’arbre. C’est pourquoi beaucoup de commentaires provenant des communicants de notre pays superficiel et décadent l’ont complètement manqué. Oui, il y a moins de monde dans les églises, le dimanche, en France, mais la foule était immense lorsque Benoît XVI a célébré la messe sur l’esplanade des Invalides, en septembre 2008. La veille, j’étais présent à l’Élysée lorsque le Saint-Père avait répondu à Nicolas Sarkozy, en approuvant la laïcité positive, mais surtout en confiant son inquiétude pour notre jeunesse privée de repères dans une société où s’effacent les solidarités familiales. Car ce Pape âgé et réputé conservateur alliait deux qualités complémentaires : la première lui permettait de resituer la doctrine catholique dans ses fondements, si riches, si divers, mais d’une solidité à l’épreuve du temps, et notamment de ce temps sans épaisseur qui est le nôtre. La lecture des Pères de l’Église est de ce point de vue un rare bonheur. Mais la seconde le faisait être d’une lucidité saisissante à l’égard du monde actuel. En témoigne son discours en l’église Saint-Joseph de New York en avril 2008 : « La mondialisation a placé l’Humanité entre deux extrémités : d’un côté le sens croissant de l’interrelation et de l’interdépendance entre les peuples… D’autre part, …les changements font apparaître des signes évidents de fragmentation et de repli dans l’individualisme ». C’est cette prise de conscience des chances et des risques de l’évolution historique qui l’avait amené à cette philosophie de l’écologie humaine, cette synthése si nécesssaire pour redresser les pensées folles de la mode : oui, le progrès doit respecter la nature, mais cela vaut aussi et surtout pour la nature de l’homme, qui doit d’abord se respecter lui-même, de la conception jusqu’à la mort.
Benoît XVI a aussi réussi une autre synthèse : montrer à la fois l’ouverture et la spécificité du catholicisme. En réconciliant tous les catholiques, en s’ouvrant aux autres chrétiens, les orthodoxes, notamment, en dialoguant avec les juifs et les musulmans, le chef de l’Église catholique a montré dans les faits la force de l’unité de la famille humaine, mais l’amour ne peut aller sans la vérité, et la foi ne peut accepter l’indifférence et le relativisme. La religion catholique s’appuie sur les deux piliers qui sont la foi et la raison, deux chemins complémentaires vers la vérité. De ce point de vue, toutes les religions ne se valent évidemment pas. Elles n’ont pas toutes, par exemple, le même rapport à la violence. C’est ce que Benoît XVI avait rappelé à Ratisbonne en citant un empereur byzantin, mais pour en arriver à dire : « la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. » Certains y ont vu une insupportable attaque contre l’islam. Non, c’était, dit avec beaucoup de délicatesse, puisqu’il soulignait l’expression « peu amène » du Byzantin, une vérité (Le Christ et Mahomet n’entretiennent pas le même rapport à la violence) et un message d’amour : la violence n’est pas raisonnable et vous, musulmans, qui avez une autre foi, êtes aussi raisonnables. Ne soyons donc pas violents, ni les uns, ni les autres. N’insistons pas sur les commentaires incultes qui ont accueilli cette réflexion. Ils émanaient d’un pays où la culture de la foi s’efface aussi vite que malheureusement l’importance de ce pays dans l’Histoire du monde. Le Souverain Pontife parlait non à la France médiatico-mondaine, mais au monde où les catholiques, de plus en plus nombreux, sont plus d’un milliard, et, pour beaucoup d’entre eux, souffrent aujourd’hui de la violence. Comme eux, je vais regretter ce Pape de l’amour dans la vérité, mais aussi placer mon espérance dans celui qui sera appelé à lui succéder. Benoît XVI respirait l’intelligence et la bonté. Son successeur aura besoin de volonté et de courage pour faire entendre son message."
Christian Vaneste

Quelques une de la presse étrangère...