Goûtez le style... Il est rare, hélas trois fois hélas...
L’hommage d’aujourd’hui n’appelle que le chant qui va s’élever maintenant, ce Chant des Partisans que j’ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois
d’Alsace, mélé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France.
d’Alsace, mélé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France.Discours pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon,
le 19 décembre 1964
Si l’Unesco tente de sauver les monuments de Nubie, c’est qu’ils sont immédiatement menacés... et nous propose de mettre au service des effigies, pour les sauver, les immenses moyens que l’on n’avait mis jusqu’ici, qu’au service des vivants. Peut-être parce que la survie des effigies est devenue pour nous une forme de la vie. Au
moment où notre civilisation devine dans l’art une mystérieuse transcendance et l’un des moyens encore obscurs de son unité, au moment où elle rassemble les oeuvres devenues fraternelles de tant de civilisations qui se haïssent ou s’ignorent, ( l’Unesco ) propose l’action qui fait appel à tous les hommes contre tous les grands naufrages.
moment où notre civilisation devine dans l’art une mystérieuse transcendance et l’un des moyens encore obscurs de son unité, au moment où elle rassemble les oeuvres devenues fraternelles de tant de civilisations qui se haïssent ou s’ignorent, ( l’Unesco ) propose l’action qui fait appel à tous les hommes contre tous les grands naufrages.Cet appel n’appartient pas à l’histoire de l’esprit parce qu’il faut sauver les temples de Nubie, mais parce qu’avec lui, la première civilisation mondiale revendique publiquement l’art mondial comme son indivisible héritage.
Le lent flot du Nil a reflété les files désolées de la Bible, l’armée de Cambyse et celle d’Alexandre, les cavaliers de Byzance et les cavaliers d’Allah, les soldats de Napoléon. Lorsque passe au-dessus de lui le vent de sable, sans doute sa vieille mémoire mêle - t - elle avec indifférence l’éclatant poudroiement du triomphe de Ramsès, à la triste poussière qui retombe derrière les armées vaincues? Et, le sable dissipé, le Nil retrouve les montagnes sculptées, les colosses dont l’immobile reflet accompagne depuis si longtemps son murmure d’éternité.
Regarde, vieux fleuve dont le crues permirent aux astrologues de fixer la plus ancienne date de l’histoire, les hommes qui emporteront ces colosses loin de tes eaux à la fois fécondes et destructrices : ils viennent de toute la terre. Que la nuit tombe, et tu refléteras une fois de plus les constellations sous lesquelles Isis accomplissait les rites funéraires, l’étoile que contemplait Ramsès. Mais le plus humble des ouvriers qui sauvera les effigies d’Isis et de Ramsès te dira ce que tu sais depuis toujours, et que tu entendras pour la première fois : “ Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévalent ni l’indifférence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort.”
Discours pour la sauvegarde des monuments de Haute-Egypte
8 Mars 1960
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