lundi 11 décembre 2023

Lire Virgile

Cet auteur latin qui vécu à cheval sur le 1er siècle avant Jésus Christ et sur le 1er siècle après Jésus Christ décrivit admirablement la nature avec une poésie très évocatrice.
« Il me plaît d’aller par ces cimes, où nulle roue avant moi n’a jamais laissé de traces (…) Quand l’été riant enverra dans les clairières et les pacages les troupeaux, parcourons les fraiches campagnes dans la nouveauté du matin et le givre des prairies, quand la rosée si agréable au bétail perle sur l’herbe tendre. »
On sent presque l’odeur des sous-bois, l’air qui glisse sur le visage aussi doucement que les oiseaux dans le ciel… Imaginer… Et nous y sommes, afin de respirer à pleins poumons la joie d’être là, conscient du bonheur reçu, du bonheur simple de vivre et d’aimer.

samedi 9 décembre 2023

Au bord de l'eau verte...

Au bord de l'eau verte, les sauterelles
sautent ou se traînent, ou bien sur les fleurs des carottes frêles
grimpent avec peine.

Dans l'eau tiède filent les poissons blancs
auprès d'arbres noirs dont l'ombre sur l'eau tremble doucement
au soleil du soir.

Deux pies qui crient s'envolent loin, très loin,
loin de la prairie, et vont se poser sur des tas de foin
pleins d'herbes fleuries.

Trois paysans assis
Usent un journal
en gardant les boeufs près de râteaux aux manches luisants que
touchaient leurs doigts calleux.

Les moucherons minces volent sur l'eau,
sans changer de place.
En se croisant ils passent, puis repassent,
vont de bas en haut.

Je tape les herbes avec une gaule
en réfléchissant et le duvet des pissenlits s'envole
en suivant le vent.

Francis Jammes

vendredi 24 novembre 2023

Eh bien chantez maintenant !




Lorsque l'abbé Poule, dont les sermons avaient fait courir tout Paris, eut été pourvu d'une abbaye, il cessa de prêcher ; ce qui fit dire à Louis XV, qui l'avait si bien doté : "Quand la poule est grasse elle ne pond plus !". 

mercredi 25 octobre 2023

Prière

Au lieu de mettre de la prière dans notre vie, essayons de mettre de la vie, notre vie, dans notre prière. Prions avec les mots de notre âge et non plus avec les mots que nous utilisions pour prier quand nous avions sept ans – qui est souvent la dernière fois où nous avons réellement pris le temps de prier. Commençons par un acte de foi : « Seigneur, je crois en toi », « Je crois que tu es là et que tu m’aimes », « Je veux te connaître et t’aimer de plus en plus ». Saint Jean de la Croix, un maître de la prière, nous donne cette image au sujet de l’oraison, la prière silencieuse: commencer chaque prière par un acte de foi « je crois en toi Seigneur » ressemble à la façon dont on lance une pierre dans l’eau. Plus nous lancerons notre acte de foi avec force et convictions, plus il descendra profondément dans le cœur de Dieu. 

Prenons le temps de nous réjouir de la présence de Dieu, n’ayons pas peur de lui dire que nous l’aimons. Si nous ne savons pas si nous l’aimons, disons-lui que nous voulons l’aimer. Si nous n’arrivons pas à prier, prions comme Charles Péguy: « Mon Dieu, donnez-moi d’avoir envie de vous prier. » Ou bien comme Charles de Foucauld, avant sa conversion, avec cette prière d’une humilité admirable: « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse. » Si nous sommes traversés par des sentiments forts, prions avec des mots vigoureux. On disait ainsi que saint Dominique, lorsqu’il priait, prenait le crucifix à deux mains et s’écriait: « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? » N’ayons pas Peur de prier avec vigueur si nous voulons vraiment quelque chose ! La ferveur de la prière des saints ressemble davantage au désir d’un enfant qui attend avec impatience son cadeau à Noël, plutôt que ces prières universelles à la messe, remplies de généralités sirupeuses et marmonnées sans conviction. Si ma prière consiste à dire merci chaque jour à Dieu, je suis en fait déjà très avancé dans la vie spirituelle. À la fin de ma vie, j’aurai peut-être alors le même courage confiant qu’avait sainte Claire sur son lit de mort pour chanter: « Sois béni, mon Dieu, Toi qui m’as créée. »
Nous pouvons dire tout ce que nous voulons à Dieu. Il n’y a pas de honte à avoir. Mais sachons bien, avec saint Augustin, que « dans la prière, il ne s’agit pas d’instruire Dieu mais de construire sa vie. » Nous verrons alors que nos idées vont commencer à changer si nous les prions. Rilke écrivait ainsi dans ses Lettres à un jeune poète : "Je voudrais vous prier d’être patient à l’égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrésolu, et de tenter d’aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l’instant de réponses qui ne sauraient vous être données car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s’agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions."
Prier, c’est surtout avouer que l’on a faim, c’est avouer que nous avons besoin de Dieu. C’est une attitude de pauvre, de mendiant. Si je n’ai pas soif, quel est l’intérêt d’aller à la source ? Un des premiers signes de la sainteté de Dominique, à la sortie de l’adolescence, fut de vendre ses livres pour nourrir les affamés. Saint François d’Assise embrasse, lui, un lépreux alors qu’il les avait en horreur. Le Christ est « saisi de compassion pour les foules et il les enseigne parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger ».
Et moi ? Suis-je saisi de compassion pour les autres ou seulement pour moi ? Bernanos disait que « l’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible ». Seule la prière peut adoucir notre cœur et faire que les bons sentiments nés de nos entrailles se transforment en actes de bonté selon le cœur de Dieu.

Nicolas Burle

mardi 24 octobre 2023

Le défaut le plus apparent de Dillon, archevêque de Narbonne, était un goût effréné pour la chasse. Louis XV lui en fit le reproche un jour à son petit lever.
" Vous chassez beaucoup monsieur l'évêque, j'en sais quelque chose. Comment interdire la chasse à vos curés, si vous passez votre vie à leur en donner l'exemple ?" "Sire, pour mes curés, la chasse est leur défaut ; pour moi, c'est celui de nos ancêtres."

lundi 21 août 2023

Prière pour être simple

Les papillons obéissent à tous les souffles,
comme des pétales de fleurs jetés vers vous,
aux processions, par les petits enfants doux.
Mon Dieu, c’est le matin, et, déjà, la prière
monte vers vous avec ces papillons fleuris,
le cri du coq et le choc des casseurs de pierres.
Sous les platanes dont les palmes vertes luisent,
dans ce mois de juillet où la terre se craquèle,


On entend, sans les voir, les cigales grinçantes
chanter assidûment votre Toute-Puissance.
Le merle inquiet, dans les noirs feuillages des eaux,
essaie de siffler un peu longtemps, mais n’ose.
Il ne sait ce qu’il y a qui l’ennuie. Il se pose
et s’envole tout à coup en filant d’un seul trait,
à ras de terre, et du côté où l’on n’est pas.


Mon Dieu, tout doucement, aujourd’hui, recommence
la vie, comme hier et comme tant de fois.
Comme ces papillons, comme ces travailleurs,
comme ces cigales mangeuses de soleil,
et ces merles cachés dans le froid noir des feuilles,
laissez-moi, ô mon Dieu, continuer la vie
d’une façon aussi simple qu’il est possible.

Francis Jammes
in Le deuil des primevères

 

mardi 15 août 2023

Sagesse ?

 


Prière pour louer Dieu

La torpeur de midi. Une cigale éclate 
dans le pin. Le figuier seul semble épais et frais
dans la brasillement de l’azur écarlate.
Je suis seul avec vous, mon Dieu, car tout se tait
sous les jardins profonds, tristes et villageois.
Les noirs poiriers luisants, à forme d’encensoir,
dorment au long des buis qui courent en guirlandes
auprès des graviers blancs comme de Saintes-Tables.
Quelques humbles labiées donnent une odeur sainte
à celui qui médite assis près des ricins.
Mon Dieu, j’aurais, jadis, ici, rêvé d’amour,
mais l’amour ne bat plus dans mon sang inutile,
et c’est en vain qu’un banc de bois noir démoli
demeure là parmi les feuillages des lys.
Je n’y mènerai pas d’amie tendre et heureuse
pour reposer mon front sur son épaule creuse.
Il ne me reste plus, mon Dieu, que la douleur
et la persuasion que je ne suis rien
que l’écho inconscient de mon âme légère
comme une effeuillaison de grappe de bruyère.
J’ai lu et j’ai souri. J’ai écrit, j’ai souri.
J’ai pensé, j’ai souri, pleuré et j’ai aussi
souri, sachant le monde impossible au bonheur,
et j’ai pleuré parfois quand j’ai voulu sourire.


Mon Dieu, calmez mon cœur, calmez mon pauvre cœur,
et faites qu’en ce jour d’été où la torpeur
s’étend comme de l’eau sur les choses égales
j’aie le courage encore, comme cette cigale
dont éclate le cri dans le sommeil du pin,
de vous louer, mon Dieu, modestement et bien.


Francis Jammes
in Le deuil des primevères

lundi 31 juillet 2023

C'est une chose étrange...

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes


Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent les voix


Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant


C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre...


Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle
Louis Aragon

dimanche 30 juillet 2023

Vive l'Empereur !

 Octave, Auguste ! Venez par ici ! C'est amusant ces prénoms impériaux entendus sur les plages. Des prénoms qu'on entendait jadis dans les campagnes ont à présent migré vers des quartiers plus coquets. Des prénoms d'empereurs romains, rien de moins On passera sur le fait qu'Octave et Auguste désignent le même homme afin de ne point passer pour (trop) pédant, il ne faut pas troubler la jeune maman qui cru faire preuve d'originalité. Et puis c'est tout de même mieux que Néron ou Calligula, plus convenable, moins sanglant, moins cinglé. Commode eût été plus pratique... Tibère conserve une certaine classe mais il faut pouvoir le porter, et là aussi ceux qui connaissent un brin d'histoire romaine frémissent... Vespasien est impossible trop voyant, Septime (Sévère) fait penser à un grand restaurant (pour cinéphile). Marc-Aurèle, très joli Marc Aurèle... Avoir un fils prénommé Marc-Aurèle... La classe mais là aussi, il convient d'avoir les épaules larges, ou être philosophe, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Finalement, les parents de la plage ont fait un choix sûr et confortable comme il se doit. 

 

C'est lorsque je suis faible...

 « Nous connaissons bien notre faiblesse, mais nous ne savons pas comment la gérer. Elle blesse inconsciemment l'image idéale de nous-mêmes que nous portons toujours avec nous. Nous pensons spontanément que la sainteté est à chercher dans la direction opposée au péché, et nous comptons sur Dieu pour que son Amour nous délivre de la faiblesse et du mal, et nous permette ainsi d'atteindre la sainteté. Mais ce n'est pas ainsi que Dieu agit sur nous. La sainteté ne se trouve pas à l'opposé de la tentation, mais au coeur même de la tentation. Elle ne nous attend pas au-delà de notre faiblesse, mais à l'intérieur même de celle-ci.

Échapper à la faiblesse serait échapper à la puissance de Dieu qui n'est à l'oeuvre que dans celle-ci. Il nous faut donc apprendre à demeurer dans notre faiblesse, mais armés d'une foi profonde ; accepter d'être exposés à notre faiblesse en même temps que livrés à la miséricorde de Dieu. C'est uniquement dans notre faiblesse que nous sommes vulnérables à l'amour de Dieu et à sa puissance. Demeurer dans la tentation et la faiblesse, voilà l'unique voie pour entrer en contact avec la grâce et pour devenir miracle de la miséricorde de Dieu. »
Dom André Louf



B&W

 


Rien d'autre à dire...

mercredi 19 juillet 2023

Un rien c'est tout...

Trois pétales de rose,
Un souffle
Et tout est accompli



vendredi 30 juin 2023

Cui cui

Que les oiseaux vous parlent désormais de votre vie.
Un homme en ferait trop d’histoires
et vous ne verriez plus à travers ses paroles
qu’une chambre de voyageur, une fenêtre
où la buée des larmes voile un bois brisé de pluie…
La nuit se fait. Vous entendez les voix sous les tilleuls :
La voix humaine brille comme au-dessus de la terre
Antarès qui est tantôt rouge et tantôt vert.

N’écoutez plus le bruit de nos soucis,
ne pensez plus à ce qui nous arrive,
oubliez même notre nom. Écoutez-nous parler
avec la voix du jour, et laissez seulement
briller le jour. Quand nous serons défaits de toute crainte,
quand la mort ne sera pour nous que transparence,
quand elle sera claire comme l’air des nuits d’été
et quand nous volerons portés par la légèreté
à travers tous ces illusoires murs que le vent pousse,
vous n’entendrez plus que le bruit de la rivière
qui coule derrière la forêt ; et vous ne verrez plus
qu’étinceler des yeux de nuit…

Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol…

Philippe Jaccottet
in L’Ignorant in Poésie 1946-1967 Collection Poésie/Gallimard



samedi 10 juin 2023

Le Cid...


Le palais de Gormaz, comte et gobernador, est en deuil :
pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre

Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lent se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

Georges Fourest, La Négresse blonde, 1909



samedi 20 mai 2023

Jour J


                    
Comme un bouquet de roses 
Qui dépose à tes pieds l'amour, 
La douceur, aux couleurs de l'été...

Christophe Maé

Jour J

 


samedi 13 mai 2023

samedi 8 avril 2023

vendredi 7 avril 2023

Vendredi Saint

 


Ce que peuvent prendre les hommes, lâche-le
Ouvre les mains et serre la croix : elle t'emporte ensuite dans la lumière éternelle.

Ste Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein)

jeudi 6 avril 2023

Jeudi Saint

Entrons dans la contemplation de Celui qui donne tout...
Mon espérance, c'est que vous incarniez le Christ aujourd'hui. Vous êtes appelés à être son visage, ses oreilles, sa bouche, son toucher. Cela implique du courage. D'une part, le courage de vous laisser regarder par les autres, de les laisser vous sourire, à vous tels que vous êtes. Ensuite le courage d'écouter, particulièrement les gens avec lesquels vous êtes en désaccord, avec la certitude que si vous leur ouvrez vos esprits et vos coeurs, le Seigneur vous donnera une parole pour eux. Il y a encore le courage de dire la Parole de Dieu. Cela requiert surtout de résister au cynisme de notre société, qui est suspicieuse à l'égard de tout, et surtout de l'Eglise. Et enfin, nous avons relevé le courage de tendre la main pour toucher les autres avec la compassion du Christ et être touché par eux.

                                                                                                                  Fr Thimothy Radcliffe, O. P.  

mercredi 22 février 2023

samedi 18 février 2023

jeudi 26 janvier 2023

Marcher devant ! Toujours devant !

Marcher devant ! Toujours devant !
Comme le pilote,
Être aussi mécanicien, radio, navigateur.
Rester debout quand les autres s’assoient,
Sourire quand ils serrent les dents,
Donner sa flotte quand ils ont soif,
Et son cœur quand ils n’en ont pas
Porter la fatigue des faibles,
Éclairer ceux qui sont dans le noir,
Espérer pour six, vouloir pour dix.
Puis le soir, quand tous se taisent,
Parler pour eux au Seigneur
et Le laisser faire… le reste."
Michel Menu



samedi 7 janvier 2023

vendredi 6 janvier 2023

Homélie du Pape François aux obsèques de Benoît XVI

 « Père, entre tes mains je remets mon esprit » ( Lc 23, 46). Ce sont les dernières paroles que le Seigneur a prononcées sur la croix ; son dernier soupir - pourrait-on dire -, qui confirme ce qui a caractérisé toute sa vie : une permanente remise de soi entre les mains de son Père. Des mains de pardon et de compassion, de guérison et de miséricorde, des mains d’onction et de bénédiction qui le poussèrent à se livrer aussi aux mains de ses frères. Le Seigneur, ouvert aux histoires qu’il rencontrait sur son chemin, s’est laissé ciseler par la volonté de Dieu en prenant sur ses épaules toutes les conséquences et les difficultés de l’Évangile, jusqu’à voir ses mains meurtries par amour : « Vois mes mains », dit-il à Thomas ( Jn 20, 27), et il le dit à chacun de nous, « Vois mes mains ». Des mains meurtries qui vont à la rencontre et ne cessent de s’offrir, afin que nous connaissions l’amour que Dieu a pour nous et que nous croyions en lui (cf. 1 Jn 4, 16) [1].


« Père, entre tes mains je remets mon esprit » est l’invitation et le programme de vie qui inspire et veut modeler comme un potier (cf. Is 29, 16) le cœur du pasteur, jusqu’à ce que palpitent en lui les mêmes sentiments que ceux du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). Dévouement reconnaissant de service au Seigneur et à son Peuple qui naît du fait d’avoir accueilli un don totalement gratuit : : “Tu m’appartiens... Tu leur appartiens”, susurre le Seigneur ; “Tu es sous la protection de mes mains, sous la protection de mon coeur. Reste dans le creux de mes mains et donne-moi les tiennes” [2]. C'est la condescendance de Dieu et sa proximité capable de se placer dans les mains fragiles de ses disciples pour nourrir son peuple et dire avec lui : prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, mon corps qui s’offre pour vous (cf. Lc 22, 19). La synkatabasis totale de Dieu .

Un dévouement priant, qui se façonne et s’affine silencieusement entre les carrefours et les contradictions que le pasteur doit affronter (cf. 1 P 1, 6-7) et l’invitation confiante à paître le troupeau (cf. Jn 21, 17). Comme le Maître, il porte sur ses épaules la fatigue de l’intercession et l’usure de l’onction pour son peuple, surtout là où la bonté doit lutter et où les frères voient leur dignité menacée (cf. He 5, 7-9). Dans cette rencontre d’intercession, le Seigneur continue à générer la douceur capable de comprendre, d’accueillir, d’espérer et de parier au-delà des incompréhensions que cela peut susciter. Une fécondité invisible et insaisissable, qui naît du fait de savoir dans quelles la confiance a été placée (cf. 2 Tm 1, 12). Une confiance priante et adoratrice, capable d’interpréter les actions du pasteur et d’adapter son cœur et ses décisions aux temps de Dieu (cf. Jn 21, 18) : « Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie: donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence » [3].

Et aussi un dévouement soutenu par la consolation de l’Esprit, qui le précède toujours dans la mission : dans la quête passionnée de communiquer la beauté et la joie de l’Évangile (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, n. 57), dans le témoignage fécond de ceux qui, comme Marie, restent de bien des manières au pied de la croix, dans cette paix douloureuse mais solide qui n’agresse ni ne soumet ; et dans l’espérance obstinée mais patiente que le Seigneur accomplira sa promesse, comme il l’avait promis à nos pères et à sa descendance à jamais (cf. Lc 1, 54-55).

Nous aussi, fermement attachés aux dernières paroles du Seigneur et au témoignage qui a marqué sa vie, nous voulons, en tant que communauté ecclésiale, suivre ses traces et confier notre frère aux mains du Père : que ces mains de miséricorde trouvent sa lampe allumée avec l’huile de l’Évangile qu’il a répandue et dont il a témoigné durant sa vie (cf. Mt 25, 6-7).

Saint Grégoire le Grand, à la fin de la Règle pastorale, invite et exhorte un ami à lui offrir cette compagnie spirituelle : « Au milieu des tempêtes de ma vie, je me console par la confiance que tu me tiendras à flot sur la table de tes prières, et que, si le poids de mes fautes m’abat et m’humilie, tu me prêteras le secours de tes mérites pour me relever ». C’est la conscience du pasteur qu’il ne peut pas porter tout seul ce que, en réalité, il ne pourrait jamais supporter tout seul et, par conséquent, il sait s’abandonner à la prière et au soin du peuple qui lui est confié [4]. C’est le peuple fidèle de Dieu qui, rassemblé, accompagne et confie la vie de celui qui a été son pasteur. Comme les femmes de l’Évangile au sépulcre, nous sommes ici avec le parfum de la gratitude et l’onguent de l’espérance pour lui démontrer, encore une fois, l’amour qui ne se perd pas. Nous voulons le faire avec la même onction, sagesse, délicatesse et dévouement qu’il a su prodiguer au cours des années. Nous voulons dire ensemble: “Père, entre tes mains nous remettons son esprit”.

Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix, définitivement et pour toujours !

 


[1] Cf. Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n. 1.

[2] C. ID., Homélie de la Messe Chrismale, 13 avril 2006.

[3] ID., Homélie de la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005.

[4] Ibid.

dimanche 1 janvier 2023

Année nouvelle

 


Afin de ne pas déroger à la tradition...

Belle année !

samedi 31 décembre 2022

Quand il faut y aller...

 


Prière

Nous accompagnons de notre prière fervente le pape Benoît XVI décédé ce matin. Et c'est avant tout une action de grâce qui se manifeste pour la lumière de sa foi, sa présence humble, son sourire. Pour son oeuvre théologique, pour son Pontificat et plus simplement pour ce qu'il était et ce qu'il demeure sous le regard de Dieu, merci Seigneur !