mercredi 28 octobre 2009

Spe Salvi !

"Le poète Charles Péguy a raison lorsqu'il compare les trois vertus théologales à trois sœurs : deux adultes et une petite fille. Elles se promènent dans la rue, main dans la main (les trois vertus théologales sont inséparables !), les deux grandes de chaque côté et la petite au milieu. En les voyant, tous sont convaincus que ce sont les deux grandes - la foi et la charité - qui entraînent la petite espérance au centre. Ils se trompent : c'est la petite espérance qui entraîne les deux autres ; si elle s'arrête, tout s'arrête.

L'espérance théologale est le « fil qui vient d'en haut », qui soutient par le centre toute l'espérance humaine. « Le fil qui vient d'en haut » est le titre d'une parabole de l'écrivain danois Johannes Jörgensen. Il parle de l'araignée suspendue à la branche d'un arbre par un fil qu'elle a elle-même tissé. Se posant sur le buisson, elle tisse sa toile, chef d'œuvre de symétrie et de fonctionnalité. Celle-ci est tendue sur les côtés par autant de fils, mais tout est soutenu au centre par ce fil par lequel elle est descendue. Si l'un des fils latéraux se casse, l'araignée intervient, le répare et tout rentre dans l'ordre, mais si le fil qui vient d'en haut se casse (j'ai voulu vérifier cela un jour et j'ai vu que c'était vrai) tout s'effondre et l'araignée disparaît, sachant qu'il n'y a plus rien à faire. C'est une image de ce qui se passe lorsque le fil qui vient d'en haut, qui est l'espérance théologale, se casse. Elle seule peut ancrer les espérances humaines dans l'espérance « qui ne déçoit point ».

Dans la Bible nous assistons à de véritables sursauts d'espérance. L'un d'eux se trouve dans la troisième Lamentation : « Je suis l'homme, dit le prophète, qui a connu la misère... J'ai dit : Mon existence est finie, mon espérance qui venait de Yavhé ».
Mais voilà le sursaut d'espérance qui bouleverse tout. A un moment donné, l'orant se dit en lui-même : « Les faveurs de Yahvé ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées... c'est pourquoi j'espère en lui !... Le Seigneur ne rejette pas les humains pour toujours : s'il a affligé, il prend pitié... peut-être y a-t-il de l'espoir » (cf. Lm 3, 1-32). Au moment où le prophète décide de recommencer à espérer, le ton du discours change complètement : la lamentation se transforme en demande confiante : « Le Seigneur ne rejette pas les humains pour toujours : s'il a affligé, il prend pitié selon sa grande bonté » (Lm 3, 32).

Nous avons un motif beaucoup plus grand d'avoir ce sursaut d'espérance : Dieu nous a donné son Fils : comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? Ça fait parfois du bien de se dire : « Mais Dieu existe, et ça suffit ! » Le service le plus précieux que l'Eglise italienne puisse rendre au pays en ce moment est de l'aider à avoir ce sursaut d'espérance. Celui qui (comme Roberto Benigni dans son récent spectacle télévisé) n'a pas peur de s'opposer au défaitisme, en rappelant aux Italiens les motifs nombreux et extraordinaires, spirituels et culturels, qu'ils ont d'avoir confiance dans leurs propres ressources, va dans ce sens.
(...) L'espérance est miraculeuse : lorsqu'elle renaît dans le cœur, tout est différent même si rien n'a changé. « Les adolescents se fatiguent et s'épuisent, lit-on dans Isaïe, les jeunes ne font que chanceler, mais ceux qui espèrent en Yahvé renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s'épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 30-31).
Là où renaît l'espérance renaît avant tout la joie. L'Apôtre dit que les croyants sont spe salvi, « sauvés dans l'espérance » (Rm 8, 24) et qu'ils doivent donc être spe gaudentes « joyeux dans l'espérance » (Rm 12, 12). Non pas des personnes qui espèrent être heureuses mais des personnes qui sont heureuses d'espérer ; heureuses dès maintenant, pour le simple fait d'espérer."
Raniero Cantalamessa, Ofm cap.

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