
Vous vous rappelez les Twins Towers ? Les deux avions qui les percutent ? Les morts, la panique, l'affolement ? Oui, tout cela est encore bien présent à la mémoire...
Je viens de finir le dernier Colum McCann, et justement, tout tourne autour de ces deux tours, avant leur destruction, elles n'étaient pas même achevées. En 1974, un homme - Philippe Petit - eut l'idée de tendre à l'insu de tous un filin entre les deux édifices et de traverser en s'aidant d'un balancier. Le fil rouge de l'ouvrage si l'on ose le formuler ainsi...
Comme d'en haut on doit avoir une belle vue..! Tout doit paraître si petit, si insignifiant lorsqu'on est perdu dans les auteurs en se jouant des vents.
Pourtant, Colum McCann a choisi de parler, de faire vivre et exister ces petits points insignifiants qui évoluent sur le plancher des vaches. Une artiste ratée, une prostituée, des mères ayant perdu leurs fils au Vietnam, un juge, un religieux cherchant Dieu au milieu du Bronx...
Insignifiant tout cela ? Allons donc !
Je ne sais trop ce qui a poussé l'auteur à mêler ces vies à l'épisode du funambule... Peut être pour en montrer le relief. Rien de bien extraordinaire en vérité : des gestes, des attitudes, de la générosité pudique, des souffrances qui ne peuvent dire leur nom. C'est un peu comme si on était assis, en paix "le long de ce fleuve paresseux où le chant du merle illumine un nouveau matin."
Même si ce monde me semble bien lointain - que sais je en effet des seringues qui traînent dans les escaliers, de la misère noire, du racisme continu dont sont victimes tant de gens. Que sais je de tout cela ? Pas grand chose. Ce que je sais, c'est que ces récits m'ont touché comme s'il s'agissait d'autant de frères et de soeurs en humanité, comme si je les voyais si proches, leur douleurs et leurs joies faisant partie de ma vie.
C'est une des grâces de la littérature - et de ceux qui lui donnent vie - de rendre palpables et si familières des existences qu'on ne partage pas, des émotions que nous n'avons pas encore ressenties. Elle console aussi de la méchanceté du monde...
Rien dans ce livre de misérabiliste dans cet ouvrage, pas d'apitoiement déplacé. Y transparaît une rédemption en sourdine - transgénérationnelle - une lumière qui ne saurait aveugler et demande la permission avant d'éclairer. On se sent bien dans ce halo ténu, en prise avec la réalité et le combat quotidien avec elle.
Un livre qui se ferme avec douleur en faisant mienne la sentence qui veut que "Ceux que nous rencontrons ne sont jamais ceux que nous quittons."
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