
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9,23). Dans l’exercice de notre pensée, le Christ est là qui nous appelle à le suivre sur un chemin de lumière dans un abandon total au Père. Il n’a pas « parlé de lui-même » (cf. Jn 7,17) et donc pas non plus penser de lui-même, mais il est demeuré dans une dépendance totale au Père, premier des « pauvres en esprit ». Par la soumission de son esprit au Père jusqu’à la Croix, il nous libère de la volonté d’indépendance dans l’exercice de notre intelligence. Il nous ouvre à nouveau la voie d’une intelligence filiale, que le péché originel avait fermée. Penser en enfant bien-aimé du Père qui se laisse engendrer par sa lumière à une pensée et une vie nouvelles. Il nous demande pour cela de renoncer à nous-mêmes, à notre cupidité et à notre orgueil et d’accepter notre croix. Puisque nous avons besoin d’être éprouvé pour grandir dans la confiance, il nous faut savoir accueillir comme une grâce toutes les formes d’appauvrissement intellectuel, que ce soit au niveau de la mémoire ou au niveau du raisonnement, que Dieu peut nous faire vivre, qu’ils soient liés aux infirmités de notre corps (cf. Sg 9,15), ou à celles de notre psychisme ou encore aux mystérieuses « ligatures des facultés » propres à la nuit des sens ou de l’esprit. La puissance de la lumière divine peut se déployer dans la pauvreté et les faiblesses de notre intelligence (cf. 2Co 12,9) quand celle-ci est acceptée et vécue dans l’abandon. Il faut penser que nos états d’impuissances intellectuelles sont comme la matière d’un abandon filial plus précieux que tout aux yeux de Dieu. Pensons que le Christ a vécu sur la Croix l’obscurité, la nuit la plus totale pour que nous ayons la force de vivre l’exercice de notre intelligence humblement dans la pauvreté et la faiblesse c’est-à-dire dans l’espérance qui nous fait tout attendre de Dieu.
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