Peut-être êtes vous allés voir le dernier film de Nanni Moretti : Habemus Papam. Peut être vous préparez vous à y aller ?
Plantons le décors : Le pape est mort, il faut en élire un autre.
Les cardinaux se réunissent en conclave et élisent après quelques tours de scuttins, le cardinal Melville qui, écrasé par le poids de la charge, refuse son élection. Entre en scène la psychanalyse...
Les cardinaux se réunissent en conclave et élisent après quelques tours de scuttins, le cardinal Melville qui, écrasé par le poids de la charge, refuse son élection. Entre en scène la psychanalyse...Disons le tout net, il n'y a pas dans ce film de dimension spirituelle. Pas de foi qui vacille chez cet homme au bon visage qui voit arriver sur son nom les suffrages de ses confrères. Nous ne saurons rien de tout cela. Le pape est réduit à un homme de pouvoir, un pouvoir écrasant. Une angoisse poignante le saisit. Et rien n'existe plus qu'elle qui prend toute la place, aspire le héro, le dévore, l'identifie à elle. Rien ne l'apaise : le temps qui passe la renforce, la présence des autres la stimule. Le cardinal échappe un instant à la surveillance du chargé de communication du Vatican et déambule dans les rues de Rome, entre dans un café, joue en somme au chat et à la souris avec ce qui l'oppresse. Il se réfugie à la fin dans un théâtre et écoute des vers de Tchékov, lui l'acteur brimé, refusé dans sa jeunesse dans une école d'art dramatique.
Il y a des scènes d'anthologie bien sûr : la partie de volley entre cardinaux désoeuvrés n'en est pas la moindre (elle fut tournée comme d'autres dans l'enceinte du Palais Farnèse, siège de l'ambassade de France auprès du gouvernement italien). Je dirais même qu'elle est jubilatoire ! Le ton est bienveillant dans l'irrévérence, à l'italienne. Nanni Moretti vit à Rome. Et les romains ont cette proximité avec l'Eglise institution et ses prêtres qui leur donnent cette distance inimitable avec ce qui leur arrive de St Pierre. J'ai pu à de maintes reprises le vérifier lorsque je me trouvais, pour deux ans, à Rome. L'humour qui en résulte en est la manifestation. Que l'on se rappelle la séquence où le psychanalyste (interprété par Nanni Moretti lui-même) tente de parler avec le pape nouvellement élu au milieu du cercle des cardinaux dont il ne peut se défaire ! Au passage, je me dis qu'il n'est peut-être pas indifférent que le nouveau pape ait un nom français... nous qui passons pour des rationalistes aux yeux de bien des italiens...

C'est ici l'homme qui est objet d'analyse, l'homme confronté au pouvoir institutionnel. Un pouvoir qui n'est pas objet de désir mais qui suscite la crainte. En faisant douter ses personnages sur leur statut, Moretti révèle en eux une tension, et les plonge dans une suite d’incompréhension et de malaise vis-à-vis des autres. Ils sont pris par un symptôme étrangement existentiel. Et ne peuvent en sortir. Notons au passage que l'Eglise et la psychanalyse sont égratignées de la même manière.
Il y a aussi ceux qui attendent sur la place St Pierre, ceux qui ont vu la fumée blanche sortant au dessus de la Chapelle Sixtine. Cette foule qu'on voit à plusieurs reprises avec des visages tendus, émus, heureux de l'annonce, puis désemparés lorsqu'il devient évident que le pape ne sortira pas sur le balcon.
Pour l'avoir vécu lors de l'élection de Benoît XVI, l'émotion et la tension sont palpables, il y a là une silencieuse communion (enfin silencieuse, tout est relatif, nous sommes en Italie !). Jamais je crois, je n'oublierai la clameur de la foule lors de l'annonce de l'élection du cardinal Ratzinger. Jamais je n'oublierai le bruit du bourdon de St Pierre ratifiant l'élection. Jamais ne s'effacera de ma mémoire l'émotion qui était la mienne (j'attendais depuis deux heures... quasiment seul sur la place, les romains eux avaient pris la précaution de noter l'heure des scrutins !).
Bref un film touchant sur le désarrois d'un homme, la paralysie - présumée - des institutions et le manque de réponses à apporter - humainement - à l'angoisse.Il y a beaucoup de tendresse je crois dans ces images, même si cette tendresse ne nous emmène finalement pas bien loin...
Un sourire sur le monde, désabusé et triste...
Bon film !
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