Homélie nuit de Noël 2012 (Bruxelles) et jour de Noël 2012 (Malines)
En cette nuit et en ce jour de Noël, beaucoup de cadeaux sont échangés entre membres de
la famille ou entre amis. C’est très normal puisque nous fêtons un anniversaire. La seule chose
étrange, c’est que, le plus souvent, on fait la fête sans même mentionner celui dont on fête
l’anniversaire, à savoir notre frère et Seigneur, Jésus... Un peu comme si, lors d’un anniversaire en
famille, on parlait de tout le monde, sauf de celui que l’on fête ! Certes, nous ne connaissons pas la
date de la naissance de Jésus, mais, depuis près de 17 siècles, on la fête le 25 décembre, au jour
où, après le solstice d’hiver, le soleil commence, dans l’hémisphère nord, à remonter plus haut au-
dessus de l’horizon. Jésus est, en effet, la Lumière du monde, brillant en nos ténèbres. Mais si nous
sommes ici, c’est bien parce que nous voulons fêter la naissance de Jésus, Fils éternel du Père
devenu un petit enfant parmi les hommes, afin que les hommes aient part à la joie de Dieu. Et nous
voulons le féliciter et le remercier.
Essayons donc d’être aussi intelligents que le bœuf et l’âne de la crèche, dont Dieu dit dans
le prophète Isaïe (Is 1, 3) : « Le bœuf reconnaît son bouvier, et l’âne la crèche de son maître, mais
mon peuple ne connaît rien et ne comprend rien ». Dans son beau livre sur l’enfance de Jésus,
Benoît XVI note avec beaucoup d’humour, que, même si l’évangile n’en parle pas, jamais le bœuf
et l’âne ne doivent disparaître de la crèche, car leur simple présence est pour nous un rappel, un
malicieux clin d’œil, comme s’ils nous disaient : « En cette fête de Noël, reconnaissez comme nous
votre maître, venez adorer ce Dieu qui s’est fait si petit pour vous rejoindre sans vous
effaroucher » !
Avez-vous jamais pensé à ceci : il n’y a que deux humains, parmi tous les personnages de
l’histoire, à qui, chaque jour, depuis près de vingt siècles, des centaines de millions d’hommes et de
femmes envoient des mots d’amour ? Des « Jésus, je t’aime » ou des « Je vous salue, Marie ».
Certes, il y avait, à l’époque de Jésus, des personnages bien plus célèbres que lui : Alexandre le
Grand, Jules César ou Cléopâtre. Mais où vivent encore ces personnages dans la mémoire des
hommes ? Uniquement dans des livres d’histoire ou des manuels de thème grec ou de version
latine. On pourrait en dire autant d’autres célébrités plus proches de nous dans l’histoire. Mais quel
homme se réveille le matin en disant à Cléopâtre ou à l’Impératrice Marie-Thérèse : « Ma bien-
aimée, tu es le trésor de ma vie ! » Et quel femme, au réveil, soupire amoureusement : « Ô
Napoléon, ou ô Wellington, que serais-je sans toi ? » Même les grands fondateurs de religion,
Bouddha, Confucius ou Mahomet, sont certes hautement vénérés, mais qui leur envoie
quotidiennement des baisers d’amour, comme nous pouvons le faire pour Jésus, notre frère et
notre Dieu ? Des centaines de millions l’ont fait avant nous. Des millions lui ont consacré toute leur
vie, renonçant à tout pour ses beaux yeux. Et beaucoup sont morts avec, sur leurs lèvres, son nom
adorable : « Jésus ! »
Alors, en ce jour de Noël, disons simplement à Celui qui nous aime le premier, disons à
l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, que nous aussi, nous l’aimons. Disons-le-lui avec un cœur d’enfant,
spécialement au moment de la communion, où il vient reposer en nous comme en sa crèche
préférée. Et disons aussi à Marie que nous l’aimons puisque c’est elle qui nous l’a donné de la part
de son seul père, Dieu, le Père de Jésus et le nôtre. « Je vous salue, Marie ! »
+ ANDRÉ-JOSEPH LÉONARD,
Archevêque de Malines-Bruxelles
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