« Que votre règne arrive », nous le demandons dans le PATER,
nous sommes des millions et des millions d’êtres humains à le
demander depuis près de deux mille ans que cette prière nous a
été enseignée, dans une certitude absolue d’être un jour exaucés.
Mais nous le sommes déjà, mais le Royaume est déjà venu, il est
au milieu de nous, il est au-dedans de nous, de sorte que nous ne
sommes jamais battus qu’en apparence ; et comme notre angoisse
est la condition même de notre paix, notre défaite est la condition
même de notre victoire. «Prenez confiance, j’ai vaincu le
monde. » Celui qui a jeté ce défi au monde l’a fait à l’heure même
où il allait être trahi, outragé, tourné en dérision, cloué au gibet de
l’esclave.
Saint Paul nous dit que la création tout entière gémit et souffre des douleurs de l’enfantement. Notre angoisse est celle qu’inspire
un enfantement qui semble interminable à la créature éphémère
que nous sommes. Mais nous savons, nous qui avons gardé la foi, quel en sera le terme. Aux chrétiens qui succombent à
l’angoisse et qui seraient au moment de perdre cœur, nous ne
pouvons qu’opposer ce que saint Paul affirmait aux fidèles de
Rome : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Sera-ce la
tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la
nudité, ou le péril, ou l’épée ? Mais dans toutes ces épreuves nous
sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. »
François Mauriac
in La victoire sur l'angoisse
Rencontres internationales de Genève
1953
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