
"Que tous soient un en nous, comme Vous et Moi nous sommes un" (Jn 17, 21-22).
Dieu est l'altruisme subsistant, la charité est son nom.
Nous ne pouvons appliquer le nom de charité aux relations humaines que dans la mesure où, devenus intérieurs à Dieu, nous le sommes également à nos frères.
Notre âme est un univers : la leur ne l'est pas moins. Chacune peut devenir un foyer où la création se recueille et d'où toute vie resurgit : ennoblie et purifiée au contact du premier Amour.
C'est en ce centre mystérieux que réside leur personnalité, c'est là qu'ils vivent réellement. Tant que nous n'essayons pas de les joindre au dedans à travers Dieu dont la tendresse seule les fait exister, tant que leur fonction ou leur apparence suffit à les définir à nos yeux, nous leur refusons l'être.
La sévérité du Christ pour les abus de parole et de jugement s'explique en cette lumière. Dire à son frère : raca ou fou, c'est le prendre par le dehors, c'est méconnaître son âme et sa dignité d'homme, c'est déjà commettre ce refus d'être qui empêche la vie de s'accomplir.
Ah ! Comment ne pas sentir en soi toutes les possibilités qu'il porte en lui ?
Il n'est pas encore peut-être, mais il devient, il n'est point fixé dans un état immuable, et un changement imperceptible peut suffire à l'orienter pour toujours vers le bien.
Il faudrait qu'il ne nous quittât jamais sans connaître mieux les richesses de sa vie.
Il ne s'agit pas, sans doute, d'éprouver pour le premier venu cet élan qui nous fait sentir notre unité avec les êtres dont le sang ou l'amitié nous rendent solidaires. Ceci ne dépend point de nous et ne peut jaillir à volonté.
Nous ne pouvons feindre cette joie ou ces déchirements qui identifient toutes nos fibres au rythme d'un être avec lequel le nôtre se confond.
Il n'est question ici, que de l'effort qui doit résulter d'une vision théocentrique, comme est celle dont l'Evangile est la source.
Ce n'est rien de donner à un homme tous nos biens, si notre coeur n'est pour lui l'ostensoir de l'Amour, qui peut seul exorciser par son infinité même l'attrait des séductions, dont un certain sens du réel est en lui, fatalement complice : tant que l'Être en nous ne luit point dans une lumière accessible à son cœur.
Maurice Zundel, Recherche de la personne,
Editions Desclée, Paris 1990, p 261-262.
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