vendredi 22 janvier 2010

Les oiseaux...

Voici la suite du beau texte de Dostoïevski (in les frères Karamazov) tiré des Entretiens du starets Zozime sur la prière. Belle lecture. La suite bientôt...

On se demande parfois, surtout en présence du péché : "Faut il recourir à la force ou à l'humble amour ?" N'employez jamais que cet amour, vous pourrez ainsi soumettre le monde entier. L'humanité pleine d'amour est une force redoutable, à nulle autre pareille.
Chaque jour, à chaque instant, surveillez vous, gardez une attitude digne. Vous avez passé à côté d'un petit enfant en blasphémant, sous l'empire de la colère, sans le remarquer ; mais lui vous a vu, et il garde peut être dans son coeur innocent votre image avilissante. Sans le savoir vous avez peut être semé dans son âme un mauvais germe qui risque de se développer, et cela parce que vous vous êtes oublié devant cet enfant, parce que vous n'avez pas cultivé en vous l'amour actif, réfléchi. Mes frères, l'amour est un maître, mais il faut savoir l'acquérir, car il s'acquiert difficilement, au prix d'un effort prolongé ; il faut aimer, en effet, non pour un instant, mais jusqu'au bout. N'importe qui, même un scélérat, est capable d'un amour fortuit. Mon frère demandait pardon aux oiseaux ; cela semble absurde, mais c'est juste, car tout ressemble à l'Océan, où tout s'écoule et communique, on touche à une place et cela se répercute à l'autre bout du monde. Admettons que que ce soit une folie de demander pardon aux oiseaux, et l'enfant, et chaque animal qui vous entoure se sentiraient plus à l'aise, si vous même étiez plus digne que vous ne l'êtes maintenant, si peu que ce fût. Alors vous prieriez les oiseaux ; possédé tout entier par l'amour dans une sorte d'extase, vous les prieriez de vous pardonner vos péchés. Chérissez cette extase, si absurde qu'elle paraisse aux hommes.
Dostoïevski
in Les frères Karamazov

Aucun commentaire: